3 Questions à… Rafael Anchustegui

10/02/2021

Rafael Anchustegui, Directeur des achats Groupe chez Saint-Gobain, nous explique l’importance de la data pour la croissance du Groupe, et comment les Achats entendent surfer la vague technologique du Big Data.

Le Big data reste assez abstrait pour beaucoup d’entre nous. Pourquoi représente-t-il en 2021, un enjeu aussi important pour notre Groupe ?

Le Big data est souvent le trésor inexploité des grandes entreprises.  Les groupes comme Saint-Gobain génèrent un nombre infini de données. Aujourd’hui la technologie pour les exploiter est disponible. Si toutes ces données sont réunies dans un seul et même endroit (un Data Lake), les Pays, les activités, et les fonctions centrales peuvent se concentrer sur la consommation de ces données, au lieu de dépenser chacun de son côté, ressources et efforts à les chercher, extraire et nettoyer.

Toutes ces informations rendues accessibles en un seul et même endroit, permettent in fine d’approfondir la connaissance des activités, de comprendre et d’anticiper les comportements des marchés, d'identifier et minimiser les risques et de mettre en place des stratégies visant à être plus compétitifs. Ces données permettent aussi d’analyser les données commerciales, d’achats, finance, stocks, logistique, et de détecter ainsi des opportunités d’optimisation en respectant bien sûr la protection des données à caractère personnel.

Grâce au projet Nazaré (du nom de la ville portugaise célèbre pour ses vagues gigantesques prisées des surfeurs), initié par la fonction Achats et la Direction des Systèmes d’Informations (DSI) Groupe, les données sont rendues disponibles à toutes les entités autorisées, pour une consommation locale ou consolidée. Chaque Pays, activité ou fonction centrale garde toutefois sa liberté d’exploitation de la donnée. C’est en cela que le Big Data est une vraie révolution. C’est un changement disruptif de gouvernance de la donnée.

Où en est le projet Nazaré aujourd’hui ?

Nous avons beaucoup avancé sur la collecte des données du Groupe puisque nous arrivons à 93% de récupération des données des sociétés industrielles. Nous sommes désormais en phase d’utilisation, pour la première fois, d’un algorithme de « nettoyage », système par système, activité par activité. Un certain nombre de nos Activités et Pays ont souhaité se lancer et sont maintenant avancés. Leurs données pourront commencer à être mises à disposition d’ici la fin du premier trimestre, puis ensuite être « consommées » par les intéressés.

De plus en plus de fonctions centrales du Groupe (Achats bien sûr mais aussi Ventes, Finance, Audit, etc.) souhaitent bénéficier de la puissance du Big Data. Pour les satisfaire, les équipes projet travaillent main dans la main avec les DSI centrale et locales, ainsi qu'avec les partenaires business dans les différentes entités ou Pays.

Le sujet du partage des données implique également des questions de confidentialité. Nous travaillons donc en comité avec le service juridique du Groupe pour mettre en place des procédures de sécurisation de la donnée, même dans le cas de partages en interne.  

Quelles sont les prochaines étapes du projet Nazaré ?

Nazaré est un projet Big Data, mais il s’attaque aussi à la modernisation du process Achats à travers la mise en place de solutions intégrées et intelligentes de Suppliers Relationship Management (SRM), couvrant toutes les étapes du parcours fournisseur (Supplier Journey) : digitalisation de nos interactions avec les fournisseurs de la prospection à la contractualisation, en passant par les appels d’offres et les négociations. La plupart de ces applications seront disponibles aux utilisateurs à la fin du premier semestre 2021. Elles aideront à optimiser le temps des acheteurs (moins de tâches administratives) ainsi que la qualité de leur travail puisque les informations récoltées permettront d’analyser les marchés, d’anticiper les tendances, de préparer leurs négociations, ou d’optimiser le cash. En cela le projet Nazaré modifie le profil de l’acheteur et nécessite de fait une adaptation de leur formation.

Le traitement et l’analyse des données du Big Data sont par ailleurs un travail en continu. Nous répondons aujourd’hui à certains besoins, qui vont évoluer au fil des années et continuer à affluer. Pour y répondre, nous devrons nous assurer de la montée en puissance des ressources spécialisées dans le traitement de la donnée.