4 questions à… Guillaume Texier et Mike Chaldecott

04/11/2020

Pour qu’il joue un rôle crucial dans la construction d'un monde plus durable, le secteur du bâtiment doit lui-même être durable. L’objectif de Saint-Gobain est de contribuer à faire évoluer l'ensemble du secteur. Guillaume Texier, Directeur Général Adjoint, Directeur Général Région Europe du Sud, Moyen-Orient et Afrique, et Mike Chaldecott, Directeur Général de Saint-Gobain Royaume-Uni et Irlande, nous parlent du lien entre la construction et notre raison d’être.

Guillaume Texier : Se loger est l'un des besoins les plus fondamentaux de l'être humain. Avec une population mondiale qui devrait dépasser les 10 milliards d'individus d'ici la fin du siècle, ce besoin est loin de devoir disparaître. Or, les bâtiments contribuent fortement au réchauffement climatique : en France, 25 % de l'ensemble des émissions de GES sont le fait des bâtiments. Pouvoir loger tout le monde tout en réduisant notre impact sur la planète est l'une des plus grandes difficultés auxquelles se heurtent nos sociétés. Pour relever le défi, nous devons étudier de nouvelles techniques de construction et de rénovation.

Les nouvelles constructions doivent être à la pointe du progrès en matière de teneur en carbone des matériaux, d'efficacité énergétique et de confort des bâtiments. Et la rénovation des bâtiments existants doit se faire maintenant, car on ne peut pas se permettre d’attendre le renouvellement naturel du parc immobilier. Le « plan de relance vert » français fait de la rénovation des bâtiments une priorité absolue. Il va permettre de diminuer les dépenses énergétiques et d'améliorer le confort des ménages, tout en réduisant les émissions de CO2. Et surtout, il va également contribuer à lutter contre les inégalités sociales, car nombre de ménages défavorisés vivent dans des conditions extrêmement inconfortables et ont des budgets chauffage très conséquents. 

Mike Chaldecott : Absolument, la construction touche au bien-être des personnes. Si nous parvenons à améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments, ce sera autant d'économies faites par la population sur ses factures de chauffage et d'argent disponible pour se nourrir et parer à d'autres nécessités. De même, si nous parvenons à améliorer le confort des écoles et donc la facilité de s'y instruire, l'éducation des enfants s'en trouvera améliorée. Si nous parvenons à améliorer l'hygiène dans les hôpitaux et qu'ils deviennent ainsi plus faciles à gérer, les malades se rétabliront plus vite. Et si nous parvenons à rendre les bâtiments plus performants, nous pourrons réduire considérablement les émissions de carbone.

Quels sont les principaux défis que nous devons relever collectivement pour que le secteur du bâtiment devienne plus durable ?

Guillaume Texier : Pour commencer, il faut consolider la demande en bâtiments verts. Cela signifie qu'il faut éduquer tout le monde tout au long de la chaîne de valeur, des utilisateurs finaux aux législateurs, en passant par les artisans, les distributeurs et les fournisseurs. Les États peuvent accélérer cela en adoptant des réglementations et en prenant des mesures incitatives pour accélérer ce processus d'apprentissage. Une fois que la demande sera là, il faudra que l'offre suive : matériaux, solutions innovantes et entrepreneurs qualifiés.

Mike Chaldecott : Et nous ne devons pas oublier que les métiers liés à la construction comptent parmi les plus vieux du monde et que le changement ne s'opère pas en un jour. Pour que le secteur soit plus durable, il faut aider tous ses acteurs à comprendre ce qu'ils doivent faire différemment et que cela peut se faire facilement. La transition sera d'autant plus aisée que les changements à opérer auront été facilités, que les individus auront été dûment formés et que des produits adéquats seront à disposition.

Quelles mesures doivent être prises pour atteindre cet objectif ? Quel rôle peut jouer Saint-Gobain ?

Guillaume Texier : Après l'annonce d'un plan vert faite par le gouvernement français, nous avons élaboré notre propre plan pour aider le secteur de la construction à saisir cette opportunité. De nombreuses BUs de Saint-Gobain y ont participé, ce qui a donné lieu à un ensemble de mesures très concrètes. Par exemple, la Distribution va lancer une nouvelle formation digitale visant à aider les entrepreneurs à obtenir une certification en matière de rénovation énergétique, et l’Isolation va doubler sa capacité de production d'isolants en fibre de bois. Nous allons également mettre en place des mesures d'incitation internes pour que nos collaborateurs consacrent du temps au « plan vert » ou à la rénovation de leur propre maison ou appartement.

Mike Chaldecott : Saint-Gobain a donc un certain nombre de projets pilotes en cours, notamment une maison complète à l'Université de Salford dont nous avons surveillé l'efficacité thermique et l'évolution par tous les temps. Ces types de projets pilotes nous aident à apprécier ce qui fonctionne le mieux et comment nous pouvons améliorer la viabilité commerciale. 

Les technologies digitales sont également cruciales lorsqu'il s'agit de mesurer, surveiller et montrer, preuves à l'appui, comment rendre des bâtiments plus économes en énergie. La modélisation des informations du bâtiment (BIM) nous permet de construire des jumeaux numériques grâce auxquels tous les acteurs de la chaîne de valeur, des architectes aux fournisseurs de services dans le domaine du bâtiment, pourront avoir une meilleure vision du cycle de vie d'un bâtiment. Nous pourrons ainsi savoir quelles réparations, modifications et améliorations apporter aux maisons neuves, écoles ou hôpitaux. 

Saint-Gobain travaille également en étroite collaboration avec le gouvernement britannique dans le cadre de son programme Green Homes Grant  doté d'une enveloppe de 2 milliards de livres sterling. Nous ne nous contentons pas de fournir les bons produits, nous assurons également la formation des artisans afin qu'ils puissent être accrédités au niveau requis.   

En quoi la raison d’être de Saint-Gobain peut-elle contribuer au changement ?

Guillaume Texier : La raison d’être de Saint-Gobain, Making the world a better home, nous encourage à passer à la vitesse supérieure dans un domaine où nous étions déjà très actifs. C'est très motivant pour les équipes car chacun d'entre nous a ainsi l'occasion de contribuer à un dessein beaucoup plus vaste. Pour les clients, les parties prenantes et les gouvernements, c'est un engagement très audacieux.

Mike Chaldecott : Il est également juste d'ajouter que Saint-Gobain a travaillé d'arrache-pied pour formuler sa raison d’être et que celle-ci est devenue un véritable cri de ralliement au sein de l'organisation. Nous avons en effet fait appel à nos collaborateurs, prêté une oreille attentive à leurs idées et entendu ce que cela signifie pour eux de travailler pour Saint-Gobain. Nous nous sommes largement appuyés sur les pensées et les émotions des individus pour saisir le véritable sens de notre raison d’être. C'était assez radical comme façon de procéder pour une société d'ingénierie traditionnelle.   

La raison d’être de Saint-Gobain exige un engagement de toute l'organisation, des conducteurs de chariots élévateurs aux commerciaux. Avoir une raison d’être est une chose, mais être une entreprise mue par sa raison d’être en est une autre. Lorsque nous parlons de « home », il ne s'agit pas seulement de l'endroit où nous vivons, mais aussi de notre identité. Et c'est quelque chose dont les gens sont incroyablement fiers.