4 Questions à… Hady Nassif et Valérie Gervais

09/12/2020

2020 aura été une année particulièrement mouvementée. Mais elle a également donné aux entreprises une occasion sans précédent de réfléchir à leurs modèles et leurs objectifs. À l'approche de la fin de l'année, Valerie Gervais, Directrice de l'Université Saint-Gobain, et Hady Nassif, Directeur général de Saint-Gobain Méditerranée orientale et Moyen-Orient, discutent de l'avenir du travail et de son lien avec la raison d’être du Groupe, « Making the world a better home ».

Selon vous, comment travaillerons-nous en 2021 ? 

Hady Nassif : Nous parlons souvent de la nouvelle normalité, mais maintenant il y en a vraiment une. Personnellement, j’ai déjà complètement changé ma façon de travailler. Avant, je me déplaçais quatre ou cinq fois par mois, principalement dans différents pays du Moyen-Orient, alors qu’aujourd’hui je ne voyage qu’une fois par mois et ce sera toujours le cas en 2021.

Les résultats ont pour autant été plutôt bons. Notamment grâce à notre culture d'entreprise qui nous a bien préparés à faire face à tous les nouveaux défis. Et une organisation comme la nôtre est capable de faire encore mieux, grâce à tout ce que nous avons appris ces derniers mois.

Aujourd’hui des opportunités commerciales et des synergies uniques s’offrent à nous. Parce que les gens voyagent moins et passent beaucoup plus de temps chez eux, ils veulent vivre dans des espaces plus sains et plus respectueux de l’environnement. Chez Saint-Gobain, nous promouvons depuis longtemps cette idée du confort.

Valerie Gervais : De toute évidence, 2021 sera encore marqué par la Covid-19. Mais je suis aussi persuadée que cela représente une formidable opportunité de changement. Ma devise pour l'année prochaine est que nous devons aller de l'avant avec enthousiasme. Il n’y aura pas de retour possible. Cette crise est un rite de passage. Nous devons être résolus et proactifs pour façonner l'avenir que nous voulons. Et je veux vraiment dire « remodeler », pas « adapter ».

Malgré tous ses ravages, et comme l’a dit Hady, la COVID-19 nous a donné une vision d'un monde plus durable. Il y a moins de déplacements, moins d'émissions de CO2, moins de pollution. Par ailleurs, les collaborateurs sont libres de travailler de la manière qui leur convient le mieux et qui est souvent plus efficace pour l'entreprise. C'est donc un énorme avantage tant pour la planète que pour les collaborateurs. Alors pourquoi voudrions-nous revenir en arrière ? Je n'arrive même pas à trouver une seule raison !

Regardons maintenant plus loin : 2030. Comment travaillerons-nous en 2030 ?

Hady Nassif : Il y a de grandes opportunité de changement à long terme. Concrètement, l'écosystème des entreprises de 2030 sera complètement différent. Il y aura certainement moins de demande d'énergie à base d'hydrocarbures, l'information sera plus accessible et les capacités numériques seront plus grandes. De même, la communication et l'expression des idées des jeunes seront plus libres.

Pour Saint-Gobain, il y aura de nouveaux espaces de vie à créer, plus d'écoles et d'hôpitaux et de besoins élémentaires à fournir, en particulier dans l'hémisphère sud où la population mondiale devrait exploser. En regardant l'hémisphère nord et les pays développés, ils tireront les leçons des erreurs passées. Au cours du siècle dernier, nous nous sommes empressés d'accumuler davantage de richesses. Nous avons maintenant l'occasion de faire une pause et de nous demander ce qui est essentiel pour les générations à venir.

Valerie Gervais : Tout à fait. J'ai lu un sondage réalisé en France et en Suisse au début de l'année, dans lequel 46 % des personnes interrogées pensaient que la pandémie était le premier signe de l'effondrement de la civilisation. Dans le contexte géopolitique actuel, et avec la multiplication des catastrophes liées au climat, les gens se demandent naturellement dans quel monde nous allons vivre.

Dans la même enquête, 42% des sondés aspirent à un changement de vie après la crise. Prenons l'exemple de la mondialisation. Après des décennies de mondialisation massive, il semble que nous voulions devenir plus locaux. Je pense que d'ici 2030, nous aurons assisté à une poursuite de ces tendances, mais surtout, le monde dans lequel nous vivrons dépendra de nous, de ce que nous déciderons, de ce que nous apprendrons et de la façon dont nous façonnerons cet avenir au lieu d'attendre que l'avenir se produise.

J'espère sincèrement que nous opterons pour des méthodes de travail plus autonomes et plus souples, plus réciproques, plus solidaires et plus collaboratives.

Comment les prochaines générations de talents pour construire le Saint-Gobain de 2030 ?

Valerie Gervais : À mon avis, un changement dans les approches de leadership est essentiel. Nous devons notamment déconstruire le modèle du leader en tant que héros. Mais le rôle des leaders évolue. Aujourd'hui, un dirigeant ne peut pas avoir toutes les réponses, contrôler tout le monde et s'impliquer dans tout. Les managers doivent être au service de leurs équipes, les soutenir dans la réalisation de leurs objectifs et utiliser l'intelligence collective de tous pour résoudre les problèmes. Les petites choses peuvent envoyer un signal fort. Par exemple, je laisse les membres de mon équipe décider quand ils ont besoin de me parler, et non l'inverse, car je suis là pour les soutenir, pas pour les contrôler. Par ailleurs, j'ai vu dans les réunions de plans stratégiques des managers qui posaient surtout des questions visant à aider la réflexion et à explorer les options, et non à dire aux gens ce qu'ils devaient faire ou à exprimer leurs propres opinions. Voici les managers dont nous avons besoin.

Chez Saint-Gobain, parce que nous croyons vraiment qu'il est essentiel de soutenir nos collaborateurs et nos managers dans ces changements, nous avons poursuivi nos programmes de formation tout au long de la crise. Nous avons converti la grande majorité de nos cours en format virtuel et les avons dispensés auprès de 2 500 personnes.

Hady Nassif : Bien sûr, pour certains ce changement peut sembler difficile à mettre en œuvre. Beaucoup de managers sont encore dans leurs habitudes. Nous devons donc travailler là-dessus.

Nous devons aussi penser à la flexibilité. La pandémie a changé les codes. Certains collaborateurs, par exemple, préfèrent avoir un emploi à temps partiel, pour notamment pouvoir passer plus de temps avec leurs enfants. D'autres sont devenus plus productifs dans le cadre du télétravail. Il y a beaucoup de nouvelles options à explorer.

Il est important de se rappeler que l'objectif n'est pas le travail à distance en soi, mais d'accroître l'autonomie et la flexibilité de nos collaborateurs. Regardez les opérateurs dans nos usines. Ils ne peuvent pas travailler à distance – alors à quoi ressemblent pour eux l'autonomie et la flexibilité ?

En quoi la nouvelle raison d’être de Saint-Gobain – Making the World a Better Home – est-elle importante ?

Valerie Gervais : Nous sommes une entreprise qui se soucie vraiment de ses collaborateurs et des communautés dans lesquelles elle opère, et qui les respecte. Bien sûr, nous devons faire évoluer notre culture pour être plus rapides et plus agiles, mais c'est une base solide sur laquelle nous pouvons nous appuyer et un avantage énorme par rapport à une entreprise dont la culture serait plus « brutale » et moins attentionnée. Dans ce monde très incertain, les personnes veulent collaborer et se rassembler pour construire quelque chose de plus grand qu'eux. Ils sont demandeurs d’une raison d’être.

Nous avons une culture et une raison d’être attractives, qui donnent envie de venir travailler pour Saint-Gobain.

Hady Nassif : Il est important d'avoir un message qui résonne. Notre raison d'être - Making the World a Better Home – a un écho particulier en ce moment. Non seulement les gens se préoccupent davantage de leur propre chez soi – où ils passent plus de temps que jamais – mais, dans un sens plus large, « home » signifie notre planète. Making the World a Better Home est donc un message qui a du sens pour tous.

C'est aussi un message qui s'adresse à un large éventail de personnes. Nous avions l'habitude d'aller dans des écoles d'ingénieurs pour embaucher - maintenant nous ouvrons nos portes et disons : « Nous sommes ouverts au monde. Nous en ferons un endroit meilleur, avec votre aide ». Ainsi, tout le monde peut nous rejoindre, qu'il s'agisse de clients, de partenaires commerciaux et d'innovation, de fournisseurs ou de collaborateurs.

Valerie Gervais : Je l'ai dit au début, nous devons aller de l’avant avec enthousiasme. Avec l’expression de notre raison d'être, il est fort probable que le vent soufflera dans nos voiles, nous aidant à aller encore plus vite.