4 Questions à… Houchan Shoeibi et Dominique Labilloy

02/02/2021

Électrification, connectivité, véhicule autonome, autopartage. Les défis de la mobilité de demain sont nombreux et grands. Houchan Shoeibi, Directeur général de la BU Mobilité et Dominique Labilloy, Directrice du développement et de l’innovation chez SHP, nous expliquent quel rôle tient Saint-Gobain dans cette nouvelle révolution.

« Making the world a better home », c’est la raison d’être de Saint-Gobain. Quel rôle le secteur de la mobilité doit-il jouer ?

Houchan Shoeibi : La mobilité est au cœur de ces enjeux, d’autant qu’un quart des émissions de CO2 dans le monde concernent le transport. Au sein de la BU Mobilité, nous nous sommes donc engagés à réduire nos émissions de CO2 de 65 % en 2030 par rapport à 2019 sur les scopes 1 et 2*. Cet engagement s'inscrit dans l'objectif du Groupe d'atteindre la neutralité carbone en 2050. Et pour y parvenir, nous avons élaboré un plan d'investissements et d'amélioration de nos procédés.

Dominique Labilloy : L’enjeu est crucial. Si nous voulons atteindre les objectifs de la COP21, il va falloir réduire les émissions liées au transport de l'ordre de 60 à 70 %. Et ce, tout en répondant aux besoins de mobilité, qui explosent. La technologie et la digitalisation ont certes rendu le monde plus petit, mais la nécessité d’être en connexion les uns avec les autres, physiquement, reste un besoin humain fondamental.

Le sujet de la mobilité est donc un défi environnemental…

Houchan Shoeibi : Oui ! Un défi collectif qui implique à la fois les politiques, les collectivités et les entreprises, mais aussi leurs clients et fournisseurs. Chez nos clients, notamment de l'industrie automobile, une révolution majeure est lancée pour concilier les attentes individuelles de mobilité avec les obligations collectives de réduction de l'impact environnemental. L'excellence environnementale n’est plus un nice to have. Nous co-développons avec eux des solutions pour que leurs produits soient toujours plus performants et moins polluants. De notre côté, nous avons cette même exigence environnementale avec nos fournisseurs…

Dominique Labilloy : Le défi, c’est de passer à la technologie d’après. Dépasser le moteur à combustion. Même si les émissions de la technologie actuelle ont énormément réduit, ce n’est pas suffisant pour compenser l'augmentation de trafic. Nous avons besoin d'inventer une nouvelle technologie collectivement et Saint-Gobain, doit y participer avec toutes ses compétences.

Il faut travailler à lever les limitations d’usage des véhicules électriques (autonomie et réseau de charge), se positionner sur l’hydrogène. Est-ce que ce sera LA solution d’avenir ? Impossible de répondre. Mais ce qui est certain, c’est que si nous ne travaillons pas dessus, nous ne ferons pas partie de la réponse. Le défi, pour nous, passe aussi par l'amélioration de notre politique industrielle : l’impact CO2 du secteur se répartit entre production et usage. Nous devons continuer à optimiser les technologies existantes pour aider à donner naissance à de nouvelles technologies qui nous feront faire un véritable saut en termes de performances environnementales.

Houchan Shoeibi : Absolument. Et cela induit des actions tout au long de notre chaîne de valeur : réduction de la consommation énergétique, de la consommation d'eau, des déchets… Une supply chain plus verte avec des achats responsables, des camions électriques pour livrer nos clients, etc. Et bien sûr une offre durable !

Comment évoluent les attentes des clients finaux ?

Houchan Shoeibi : Je vois quatre grandes tendances : l'électrification, la connectivité, le véhicule autonome et l’autopartage (avec la multimodalité).

L'électrification et la connectivité vont se mettre en place rapidement. En Europe, sous l’effet des subventions, on s’attend à ce que 25% des véhicules fabriqués dans le monde soient électriques en 2025 contre 7 % aujourd’hui. Quant à la connectivité, elle sera poussée par l’usage. Le véhicule sera une nouvelle extension de notre smartphone.

L'autonomie et l'autopartage sont des tendances de fond mais probablement un peu plus long terme. Le véhicule autonome n'est plus vraiment un défi technologique, les freins sont liés au réglementaire (quelle responsabilité en cas d’accident ?), à l’infrastructure (il faut des routes bien balisées… et c’est loin d’être le cas partout, même dans les pays développés) et à l'acceptabilité de l'utilisateur (a-t-on vraiment confiance dans ces systèmes ?). Ce n'est pas encore gagné !

Dominique Labilloy : Des éléments culturels et sociétaux impacteront aussi l'adoption de ces nouveaux modes de mobilité. On voit par exemple chez les jeunes un attachement bien moins fort au véhicule en tant qu'objet. Il faut également prendre en compte l'urbanisation. Dans les zones rurales, on n’assistera pas aux mêmes mutations que dans des villes plus denses.

Houchan Shoeibi : J’ai été frappé par l'accélération du Mobility as a Service (MaaS), en particulier dans les pays émergents. J'étais convaincu que cela prendrait beaucoup plus de temps car la possession d’un véhicule peut rester un signe social de succès. Mais manifestement, ce n'est plus le cas. Dans des villes surpeuplées avec une circulation très importante, un stationnement difficile, potentiellement des problèmes de sécurité, rien de mieux qu’un VTC pour se déplacer. Et même si la crise sanitaire marque un coup d’arrêt à la mobilité partagée, avec un retour vers la voiture personnelle, je pense que c’est une simple parenthèse.

Dominique Labilloy : Le confort de transport et la facilité d’utilisation sont primordiaux pour le client final. C’est ce qui fera que les gens basculeront ou pas dans ces nouvelles mobilités, cela se jouera aussi au-delà de la technologie de propulsion proprement dite.

Que représentent ces changements d'usage et technologiques pour Saint-Gobain ? 

Dominique Labilloy : Notre première mission c’est d'identifier les nouveaux entrants et les nouvelles technologies sur lesquels « miser ». Il faut pouvoir créer des liens avec ces acteurs au bon moment pour qu'ils deviennent des interlocuteurs, des prescripteurs et des clients. Sauf qu’on ne sait pas à l’avance qui va réussir. Au démarrage de l’électrique, il aurait été bien difficile de prédire qui sont les leaders aujourd’hui. Il faut pouvoir être présents sur les sujets émergents et accepter que tout ne marche pas.

Houchan Shoeibi : Nous devons également identifier les bons cas d'usage de MaaS, et offrir des solutions qui y répondent. Par exemple dans le cas d'un véhicule autonome, la sécurité ce n’est plus seulement des vitrages résistants, mais aussi des radars, des caméras, des lidars intégrés dans le parebrise. Dans un véhicule partagé, c’est la capacité à désembuer très rapidement l'habitacle. Je pense aussi, en matière de connectivité, à l’intégration d’antennes dans les surfaces vitrées des voitures, aux vitrages des trains qui garantissent le confort thermique mais laissent passer le GSM, aux radômes des avions qui permettent le wifi en vol… Ou encore au développement de solutions antivirales pour des surfaces plus sûres, à la filtration pour la qualité de l'air…

Dominique Labilloy : En matière d’internet des objets, il y a de nouveaux business models à inventer, par exemple en récupérant et valorisant la data pour l’utilisateur.

Et puis il y a l’hydrogène, encore. Nos clients se positionnent, nous demandent des solutions. L’usage de l’hydrogène induit des pressions, des températures qui nécessitent des matériaux de haute performance. Nous explorons plusieurs applications sur la chaîne de valeur : production, stockage, transport, remplissage et utilisation. Sur les batteries, le sujet n’est pas clos : nous intervenons sur l’isolation thermique et la protection au feu, nos céramiques contribuent à améliorer le coût et la capacité des batteries, nous intervenons aussi sur des sujets concernant les matières premières en amont de la batterie…

Houchan Shoeibi : La mobilité traverse une transformation profonde, les véhicules de demain seront très différents – dans leur conception et leur usage. A nous de contribuer à inventer la mobilité de demain !

* Retrouver ici les définitions des Scopes 1, 2 et 3 des émissions de gaz à effet de serre.