Co-création : tous impliqués dans l’innovation

Du brainstorming géant au prototypage, du crowdsourcing à la mise sur le marché… Aujourd’hui, la co-création prend de plus en plus d’ampleur dans les secteurs industriels. Tous les niveaux sont impliqués dans le processus de création pour stimuler l’innovation. Et ça marche !

Comment innove-t-on, désormais ? Seul dans son bureau ou son labo ? En équipe projet, ultra-motivée ? Oui. Mais non. De plus en plus l’innovation naît d’une co-création. Elle inclut un dialogue – dès la conception – avec l’ensemble des parties prenantes, qu’elles soient clients, partenaires ou collaborateurs. Oui, mais comment ? Et surtout pourquoi ? Si de plus en plus d’industriels se tournent vers ce modèle plus collaboratif qui implique toutes les parties prenantes dans le processus créatif, c’est parce que cela change tout ! « La co-création permet d’être plus agile, plus rapide et plus efficace, souligne Sylvie Perez, Directrice de Saint-Gobain Research Compiègne. Elle donne un coup de fouet à la création et fait progresser l’ensemble de la chaîne de valeur. » Il faut dire que dans ce centre de R&D de Saint-Gobain, la co-création c’est comme une seconde nature. Ici, quelque 200 chercheurs imaginent les vitrages de demain pour les secteurs de l’automobile, du bâtiment ou pour les applications industrielles (vitre de four, réfrigérateur…). Mais comment une idée se transforme-t-elle en produit fini ? C’est là qu’entrent en jeu les différentes mécaniques de co-création.

L’économie de l’expérience

Si auparavant la R&D raisonnait en termes de problèmes/solutions, elle intègre aujourd’hui d’autres paramètres dans ses réflexions. « Nous sommes désormais dans l’économie de l’expérience, qui place le client au cœur du processus créatif » souligne Sylvie Perez. Au travers d’ateliers et de brainstorming collaboratif, la R&D s’applique à fabriquer le bon produit, celui qui est à la fois attendu par le client, faisable techniquement mais également rentable. Ce filtre basé sur 3 piliers (marché, faisabilité, rentabilité) s’inscrit au fondement de toute création, mais ce qui est « nouveau », c’est le positionnement « user centric » (centré utilisateur) qui vient nourrir le cheminement créatif tout au long du processus.

Co-création en immersion

Une démarche dans laquelle se sont lancés de nombreux acteurs de la distribution, comme Décathlon (avec Décathlon Création) ou encore IKEA, pour qui la co-création de l’innovation, c’est presque une religion. Le géant suédois la pratique en effet intensément : organisation de bootcamps avec des startups et entrepreneurs, collaboration avec des étudiants et contact constant avec de nombreux laboratoires d’innovation aux quatre coins du monde. Tout en proposant à ses clients finaux de suggérer des produits. De son côté, le transporteur DHL a organisé des ateliers de créativité avec des clients en Allemagne et à Singapour : ambition, imaginer de nouvelles solutions pour une meilleure expérience client. Une démarche pérennisée avec la création de centres d’innovation DHL. Chez Saint-Gobain, cette approche se vit carrément en immersion, avec le tout nouveau « Laboratoire d’application ». Dans l’immense salle d’essai, les prototypages Sekurit équipent les véhicules de clients constructeurs. Pluie, bruit, vent… Les vitres sont soumises à rude épreuve afin d’offrir des performances uniques, en termes thermique ou acoustique. L’avantage pour le client ? Le prototypage s’inspire du « cousu main », et cette approche sur-mesure permet de s’ajuster très précisément à ses attentes. « Tout est testé, réglé et ajusté en fonction des préférences du client, note Sylvie Pérez. C’est une nouvelle approche de la création, qui permet d’accélérer la mise sur le marché, tout en réduisant les risques. » User centric, disait-on.

La co-création, ça se vit aussi en interne !

Co-innover, un nouvel état d’esprit ? Oui, car cela suppose une très grande interaction avec les clients, mais aussi en interne, avec les différentes équipes Marketing, Commerciales ou les sites de production. « Chez Saint-Gobain, nous interagissons non seulement avec les collaborateurs mais aussi avec des universitaires pour mieux comprendre certains mécanismes physico-chimiques, concernant le collage sur certains polymères, précise Sylvie Pérez. Nous collaborons aussi avec des startups, qui apportent leur agilité et leur grande créativité. »

Co-création, pour quel bénéfice ?

Source d’inspiration, cette émulation permet de valider facilement un projet créatif, ou d’invalider une « fausse bonne idée », grâce aux nombreuses phases de tests et de prototypages. Et la rentabilité dans tout ça ? Elle est au rendez-vous. Mais, elle n’est pas forcément immédiate. « La co-création est un moyen éprouvé de gagner des parts de marché, puisque le produit répond précisément à une attente. Cela dit, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Mon conseil ? Oser prendre le temps, et surtout, s’octroyer le droit à l’erreur, qui fait partie du processus créatif. »

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