Existe-t-il des matériaux recyclables à l’infini ?

Des matériaux qui se recyclent à l’infini ? Une réalité et une solution pour préserver l’environnement. Mais tous les produits sont-ils recyclables éternellement ? Et quelles sont les contraintes ? Les enjeux économiques ? Éléments de réponse.
  • Economie circulaire et enjeux économiques
Soutenir l’économie circulaire
Certains matériaux sont recyclables à l’infini. Enfin… en théorie ! Car dans la pratique c’est un petit peu plus compliqué. En effet, le recyclage en boucle fermée exige une réelle expertise car les matériaux récupérés sont souvent contaminés. Alors avant tout recyclage, ces déchets doivent être triés et traités, ce qui suppose la mise en place de chaînes de valeur et de filières spécifiques.

Le saviez-vous ?

Dans les pays industrialisés, le secteur de la construction génère 40 % des déchets solides.

Peut-on recycler à l’infini ? Oui. Mais ce n’est pas si simple ! Car le procédé demande une réelle expertise technique pour conserver les propriétés initiales du produit. Prenons l’exemple du verre. En théorie, ce matériau peut être fondu dans un four une infinité de fois sans altération de ses performances… A condition toutefois de ne pas mélanger tous les verres. « Le verre plat, utilisé dans le bâtiment ou l’automobile, doit conserver une excellente transparence, nous explique Xavier Meyer, Directeur Economie Circulaire chez Saint-Gobain. Impossible, donc, de le mélanger avec des verres colorés (bouteilles)… ni même avec des verres au bore (laine de verre) ou au plomb (verre de cristal) car les fenêtres ou pare-brises ne tolèrent aucun contaminants. 

C’est là toute la difficulté du recyclage à l’infini, qui ne doit jamais altérer la qualité finale du nouveau produit. Et c’est valable pour tous les matériaux considérés comme éternellement recyclables : gypse, métaux… Prenons le cas des canalisations enterrées, en fonte, qui peuvent facilement être fondues dans les fours industriels. Jusque dans les années 1950, ces tuyaux étaient fabriqués en fonte grise. Puis ils ont été remplacés par de la fonte ductile qui leur confère des propriétés exceptionnelles en termes de résistance mécanique et de flexion. Les anciens tuyaux ne pourront donc jamais être recyclés en fonte ductile. En revanche, ils seront réutilisables pour fabriquer les canalisations des maisons qui ne requièrent pas la même exigence. 

Préservation des ressources

La capacité de recyclage à l’infini est donc liée à plusieurs facteurs : la composition du produit, son niveau de contamination et la capacité du procédé industriel à transformer le déchet en matière première secondaire, identique à la matière première issue de carrière. Et ce n’est pas si simple ! L’exemple du gypse et de la plaque de plâtre est assez parlant. Les cloisons de plâtre possèdent une feuille de papier sur chacune de leur face, qui doit être éliminée. Dans la réalité, il reste toujours un résidu de papier, et l’on doit réinjecter de la matière première noble dans la fabrication.

Pour pouvoir être recyclé à l’infini, chaque produit nécessite donc des filières spécifiques, qui intègrent les étapes de collecte, transport, tri et décontamination, retraitement… Les procédés étant plus ou moins complexes selon les produits à recycler. D’un point de vue environnemental, le jeu en vaut la chandelle. En effet, recycler un produit à l’infini permet d’économiser de la matière première. Résultat : ce procédé en boucle fermée contribue à une gestion durable des ressources, une préservation de la biodiversité (pas d’enfouissement de déchets) et une réduction de CO2. Mais est-ce pour autant profitable ?

 

Economie circulaire et enjeux économiques

Pour un groupe comme Saint-Gobain, offrir une telle solution apporte une offre différenciante sur le marché ainsi qu’une vraie valeur ajoutée à des clients désireux de contribuer à l’économie circulaire. Pour le consommateur final, c’est la promesse d’acheter un produit durable et responsable qui tient compte des défis environnementaux. « Le besoin d’une économie circulaire est réel quels que soient les métiers, confie Xavier Meyer. La raréfaction des ressources, le renforcement des contraintes d’enfouissement vont pousser les acteurs industriels à trouver des solutions autour de nouveaux services de recyclage. »
Cela dit, plus les procédés de recyclage sont complexes, plus ils sont coûteux. Et les paramètres de tri, de retraitement du déchet ou de transport depuis le point de collectes pèsent parfois lourds dans la balance. 

Vers de nouveaux matériaux recyclables à l’infini

Dans un avenir proche, l’évolution des procédés industriels couplé à la conception durable des produits devrait permettre d’enrichir la liste des matériaux recyclables à l’infini. Récemment, le plastique PET, utilisé pour les emballages alimentaires, a fait l’objet de développements scientifiques, grâce à une enzyme qui sépare les monomères, et permet donc de fabriquer de nouvelles bouteilles en PET. De son côté, Saint-Gobain a développé un nouveau procédé industriel pour traiter ses réfractaires usagés à base de chrome, qui sont utilisés dans certains fours. Grâce à cette nouvelle technique, il est possible de transformer le chrome toxique (chrome 6) en chrome 3… Et donc, de recycler les réfractaires. 
Le Groupe se concentre aujourd’hui sur de nouvelles solutions pour recycler certains consommables comme ses meules abrasives et participe au développement de filières de recyclage pour les différents matériaux de construction mis sur le marché.

Face à la raréfaction des ressources, le recyclage à l’infini semble apporter une solution pertinente, en termes de développement durable et de préservation de la biodiversité. Reste à améliorer les procédés industriels pour augmenter le taux de recyclage des déchets en fin de vie et faciliter leur retraitement…

 

Crédits photos : © BsWei/Shutterstock, Paolo Rosselli/Studio Boeri, Antonio Leao de Sousa