La construction légère est-elle l’avenir de l’habitat ?

Moins de béton, plus de gypse et de bois. Moins de chantier, plus de préfabriqué et de flexibilité. Face au défi climatique et démographique, la construction légère s’impose comme une solution à la fois abordable et durable pour permettre à chacun de se loger dans un maximum de confort.

Visuel maison bois
Habitat durable

Alternative au tout béton, la construction légère s’impose aujourd’hui comme un mode de construction plus responsable face aux défis de nos sociétés : lutte contre le dérèglement climatique, urbanisation croissante et démographie galopante… Le point sur ces nouvelles techniques qui préfigurent la ville de demain.

Le saviez-vous ?

Le temple bouddhiste Horyuji, au Japon, date du VIIe siècle. Il est considéré comme la plus ancienne construction en bois au monde.

7 milliards d’humains aujourd’hui et vraisemblablement 9 milliards d’habitants sur terre en 2050, selon les prévisions de certains démographes… C’est autant de maisons et d’immeubles à construire pour loger tout ce monde ! Un défi à la fois écologique, économique et sociétal pour les acteurs de la construction qui pose une question centrale : comment construire mieux, plus vite et plus vertueux ?

Dans ce contexte, la construction légère peut apporter une réponse-clé. Ce mode de construction s’appuie sur certains matériaux comme le bois ou le métal pour composer l’ossature d’un bâtiment, à la place du ciment et de la brique. Loin de l’effet de mode, cette tendance est surtout la mise en valeur globalisée d’une approche locale et traditionnelle de la construction. En effet, en Scandinavie, au Japon ou aux États-Unis, la construction à ossature bois est… la norme ! Aux États-Unis, ce sont même 90 % des constructions individuelles qui reposent sur des structures modulaires en bois. En Norvège, les maisons conçues par Norges Hus sont construites sur ce principe. Saines et écologiques, elles répondent en tout point aux nouvelles réglementations thermiques et énergétiques. Et qu’on se le dise : elles n’ont rien à voir avec des cabanes !

Plus légère mais tout aussi performante

« La construction légère présente plusieurs avantages, détaille Gilles Leva, Directeur Adjoint Marketing & Développement chez Saint-Gobain. Une structure en bois, par exemple, est bien plus légère que celle en béton, et cette légèreté c’est un atout majeur, notamment pour les extensions sur un bâti existant ou pour l’ajout d’un étage… ». Une possibilité qui ouvre des horizons car si, jusqu’à présent, les surélévations concernaient majoritairement les maisons individuelles, le couple « bois-béton » investit désormais le paysage urbain et esquisse la Ville de demain. Une ville plus verticale. Plus vertueuse. Plus responsable.

               A lire aussi : Découvrez le fact-checking de la ville durable.

 

Dès 2009, Londres se démarquait d’ailleurs avec un premier bâtiment en bois de 8 étages, le Stadthaus. Le plus haut du monde à l’époque ! Depuis, les projets intégrant le bois dans les tours et les immeubles sortent de terre aux quatre coins du monde. Même le nouveau stade olympique de Tokyo affiche une structure en cèdre et mélèze, le bois étant très répandu dans la construction traditionnelle japonaise.

Bon élève, le bois

Il faut dire qu’en matière d’empreinte carbone, le bois est bon élève. En emprisonnant le CO2 tout au long de sa croissance, cet éco-matériau offre des bénéfices significatifs en termes de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Autre bon point, c’est une ressource naturelle, qui participe à la gestion durable des forêts et qui se recycle facilement. « C’est l’autre grand avantage du bois ! estime Gilles Leva. La préfabrication en ossature bois favorise une mise en œuvre rapide… et une déconstruction tout aussi simple ! En ce sens, le bois s’inscrit pleinement dans une démarche de construction éco-responsable. »

Mais le bois n’a pas réponse à tout, tout d’abord parce que cette ressource n’est pas inépuisable et qu’elle demande une exploitation raisonnée. La construction bois pour s’imposer durablement là où elle n’est pas une méthode traditionnelle, devra donc reposer sur la mise en place d’une filière bois professionnalisée et des réseaux de préfabricateurs et d’installateurs dédiés pour garantir compétitivité et qualité.

Économique, la construction légère ?

Plus flexible dans son usage, plus rapide dans sa mise en œuvre, la construction légère est-elle également plus économique ? Tout dépend de quoi on parle.

En offrant la possibilité de construire plus rapidement, en facilitant l’automatisation et l’optimisation des processus de fabrication via la préfabrication, la construction légère permet réellement une baisse des coûts de production et donc la construction des logements abordables, reproductibles et exportables dont la planète a grandement besoin.

Mais tout dépend des matériaux choisis. Ossature bois ou métal : le prix de revient dépend du gisement. Si le bois est largement utilisé au Japon, en Scandinavie ou États-Unis, c’est parce que la ressource y est largement présente et que des filières de production y sont parfaitement structurées depuis fort longtemps, permettant des coûts maîtrisés. En revanche, le bois est clairement un matériau rare au Moyen-Orient, et, forcément, la construction à ossature bois une technique onéreuse.

Visuel préfabriqué

 

Léger, les nouveaux matériaux !

Conscients des enjeux à la fois environnementaux liés aux ressources en bois et en minerai, les industriels engagés dans la construction légère misent donc sur des constructions légères du futur qui s’appuient sur des matériaux innovants, toujours plus allégés et durables. À leur tête, on trouve le béton à base de fibre végétale, qui fait une entrée remarquée sur les chantiers en offrant une grande isolation thermique. Plus novateur, la brique en papier recyclé allège les structures tout en répondant aux enjeux de développement durable. Tout comme les parpaings écologiques en bois, cinq fois plus légers que leurs cousins traditionnels. Bien entendu la mise en œuvre de ces matériaux doit se faire aussi au regard des réglementations feu en vigueur. 

Construire vite et bien avec le préfabriqué

Mais dans un monde en quête de durabilité, de qualité ET de prix de construction raisonnables, la grande révolution de la construction légère, c’est l’industrialisation des procédés. Et plus précisément : le préfabriqué. Flexibles, facilement adaptables aux nouveaux usages, les modules pré-usinés permettent un gain de temps indéniable dans la construction, en harmonisant les différences de technique de construction à travers le monde.

Un exemple ? En Catalogne, Saint-Gobain a participé à la construction d'un hôpital de 108 lits conçu uniquement à base d’éléments modulaires et préassemblés en usine. Résultat : le bâtiment a été érigé en seulement quatre mois… contre quatre ans habituellement, avec des méthodes traditionnelles. Ailleurs, en Allemagne, le groupe en partenariat avec la société SH Holz & Modulbau a rénové un centre d’accueil pour enfants en seulement trois mois. Le secret de cette prouesse ? Un ensemble de panneaux préfabriqués et prédécoupés sur-mesure. Pour renforcer sa position sur ce secteur d’avenir, Saint-Gobain vient d’acquérir la société Brüggemann, spécialiste de solutions modulaires en bois clé en main pour la construction neuve et la rénovation. Un investissement qui en dit long sur l’ambition du groupe en matière de construction légère. Car l’intérêt du préfabriqué c’est non seulement de construire vite, mais aussi de convertir rapidement les espaces et démultiplier les usages. Mais cela suppose de construire autrement, de penser « réversible » en optant dès la conception pour des solutions adaptables. C’est dans cet esprit qu’à Paris, l’hôpital Saint-Joseph a ainsi privilégié les façades F4 d’ISOVER, dimensionnées et prédécoupées en usine. Mais surtout, elles sont facilement démontables et recyclables, pour faciliter les projets futurs d’agrandissement. En Russie, les équipes Saint-Gobain ont mis au point un système de façade légère sur une ossature acier, composée de plaques de plâtre, de laine de verre et de panneaux de ciment. L’avantage ? Une installation rapide, une excellente performance thermique et acoustique et une empreinte carbone maitrisée : sa production génère 10 fois moins de CO2 que les autres systèmes de façade traditionnels !

On l’a vu : des délais de construction rapides, un chantier plus durable et des coûts maîtrisés… Traditionnelles ici, alternatives là, les techniques de construction légères semblent surtout apporter une réponse valable aux défis environnementaux, économiques et sociétaux qui se posent à nos sociétés en mal de logements performants, sains, confortables et plus durables. 

 

Crédits photos : Dan Kollmann/Shutterstock ; Watercolor_Art_Photo/Shutterstock