JO 2024 de Paris : l’alliance inédite de la sobriété écologique et de la compétition

Si les Jeux Olympiques ont longtemps privilégié les infrastructures démesurées à l’environnement, les temps ont désormais évolué. L’édition 2024 organisée à Paris ambitionne de mettre “l’éphémère au service du durable”. 

Compétition d'athlétisme

Après Sydney, Athènes, Pékin, Londres, Rio de Janeiro et Tokyo, pour ne citer que les éditions estivales du XXIe siècle, Paris accueillera les prochains Jeux Olympiques. Durant l’été 2024, 10 500 athlètes olympiques débarqueront dans la capitale française avant de concourir sur 39 sites de compétition, majoritairement situés en Île-de-France. Peu de temps après, 4 400 athlètes paralympiques seront attendus sur 17 sites dédiés. Alors que 13,5 millions de billets devraient être vendus pour les compétitions, les organisateurs s’attendent à voir 600 000 spectateurs présents pour la cérémonie d’ouverture :  celle-ci n’aura en effet pas lieu dans un stade, mais en plein cœur de Paris, le long de la Seine.

 

 

Malgré ces chiffres impressionnants, cette édition 2024 - très attendue après les dernières célébrations tokyoïtes perturbées par la crise sanitaire - compte bien tourner le dos à la démesure longtemps associée aux Jeux. Son mot d’ordre : la sobriété, sans pour autant rogner sur le spectacle. Les futurs JO de Paris, dont l’organisation se chiffre à 3,9 milliards d’euros financés quasi intégralement sur fonds privés, se dérouleront ainsi sur 95 % de sites déjà existants ou temporaires. Au-delà de la mise en avant de la richesse architecturale du pays hôte, l’objectif reste la réduction de l’impact carbone de l’édition. Seuls deux équipements sportifs seront construits spécifiquement pour Paris 2024 : le Centre Aquatique de Saint-Denis et le site d’escalade du Bourget.

PICHET LEGENDRE
Neutralité carbone d’ici 2050

Les chantiers actuellement en cours ne se limitent pas pour autant à ces deux sites : la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) finance, aménage et supervise la réalisation de 62 ouvrages olympiques pérennes, pour un budget total de 3,6 milliards d’euros. Parmi eux, la future Arena Porte de la Chapelle, tout nouveau pôle culturel au Nord de Paris, mais surtout le centre névralgique de la compétition : le Village des Athlètes et le Village des médias, en Seine-Saint-Denis

Au total, 14 sites de compétitions réunissant 24 sports olympiques (sur 32) seront répartis dans un rayon de 10 kilomètres autour du Village. En tant que bâtisseur, la Solideo revendique trois grandes orientations stratégiques : un objectif de neutralité carbone à horizon 2050, une garantie de confort urbain sous le climat de 2050 et une contribution positive du projet urbain à la biodiversité.

Symbole de cette écoconception privilégiée, la proximité du terrain avec la Seine a été mise à profit : 96 % des terres issues des travaux de viabilisation des espaces publics du Village des athlètes ont été évacuées par la voie fluviale. Ces 210 163 tonnes de terres correspondent à 10 400 camions de 20 tonnes dont la circulation sur les routes franciliennes a ainsi été évitée.

JO TOKYO 2020
La réversibilité au service des habitants

L’une des ambitions majeures des organisateurs est de “placer l’éphémère au service du durable”, en intégrant la seconde vie des nouvelles infrastructures dès la phase de conception. Après quelques travaux de réversibilité, le Village des Athlètes tout comme celui des médias seront reconvertis dès 2025 en plus de 3500 logements familiaux, mais également en logements étudiants, bureaux et activités.

En plus de la construction d’écoles et de crèches, d’autres aménagements conséquents sont prévus, comme l’enfouissement des lignes à haute tension, des murs anti-bruit et une passerelle sur la Seine. Des espaces verts et autres cœurs d'îlots végétalisés favoriseront les rencontres entre habitants. Avec l’émergence de ces nouveaux quartiers, l’héritage post-olympique se place au service du développement urbain.

Par le passé, “plusieurs éditions ont réussi à impulser des bénéfices au long cours pour les pays hôtes”, selon le journaliste américain Henry Grabar. Spécialisé dans les questions d’urbanisme, il a étudié de près les transformations engendrées par l’accueil des Jeux. Ceux de Tokyo, organisés en 1964, illustrent bien l’opportunité que peut représenter un tel événement.“Pour le Japon, à l’époque, c’était vraiment l’occasion de montrer au monde entier sa modernité, et de s’éloigner de son image d’après-guerre”, explique-t-il. “Le Shikansen, célèbre système de train à grande vitesse, avait ainsi été inauguré pour l’ouverture de ces Jeux, qui ont fourni le prétexte parfait pour accélérer le développement du pays”.

En finir avec les excès du passé

Avec le temps, ce mythe du progrès systématiquement associé à l’accueil des Jeux a toutefois été écorné. De Athènes à Sotchi en passant par Rio, on dénombre plusieurs “éléphants blancs" qui sont autant de souvenirs douloureux pour la population locale ; ce terme désigne une infrastructure coûteuse mais peu utilisée, devenant à terme un fardeau financier pour les collectivités locales et leurs contribuables, quitte à être abandonnée. De quoi écorner l’attractivité des Jeux, à tel point qu’en 2014, le Comité international olympique (CIO) avait presque manqué de candidats pour attribuer les Jeux d’hiver 2022, finalement organisés à Pékin.

Quelques mois plus tard, pour renouveler l’intérêt de villes dissuadées par des coûts d’organisation faramineux, le CIO avait mis en place son “Agenda 2020”. Ce plan proposait une nouvelle philosophie aux potentielles villes candidates : “présenter un projet conforme aux besoins de planification à long terme sur les plans économique, social et environnemental”.

“Paris 2024, c’est finalement le premier test de cette nouvelle stratégie qui permettra de montrer que les excès du passé n'étaient pas nécessaires”, analyse Henry Grabar pour qui ce modèle fait écho à l’édition de Los Angeles, en 1984, marquée par très peu de nouvelles constructions. Cette sobriété, à l’époque motivée par l’économie, sera bientôt de retour dans la mégalopole californienne en pointe dans la lutte contre le changement climatique : c’est en effet Los Angeles qui succédera à Paris dans l’organisation des futurs Jeux d’été, prévus en 2028.

 

 

Crédits : Shutterstock ; © Pichet / Legendre ; © Tokyo 2020