Demain, tous colocs ? Le nouveau vivre ensemble

Et si, demain, nous devenions tous colocs ? Face à la pression des loyers et aux nouvelles configurations familiales, la vie en commun se généralise, au-delà des seuls étudiants. Des logements « ruches » aux initiatives de coliving, l’heure est au mieux-vivre ensemble.
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  • Vivre dans une nouvelle économie du partage
La colocation : un phénomène grandissant
Dans les années 1970, les sociétés occidentales en pleine utopie hippie aspiraient au retour à la vie en communauté. Un doux rêve jamais devenu réalité. Aujourd’hui pourtant, cette utopie semble prendre vie. Hybride, disruptif, l’habitat impose un nouvel « art de vivre », en offrant notamment des espaces partagés et des services s’inspirant des codes de l’hôtellerie.

Le saviez-vous ?

Implantées dans 7 villes françaises, les maisons Lazare permettent la "colocation" de personnes en situation de précarité et d’actifs bénévoles. La Fondation Saint-Gobain soutient le projet à Nantes.

Et si, demain, nous devenions tous colocs ? La question peut sembler provocante, surtout dans les sociétés occidentales qui ont perdu la tradition de cohabitation trans-générationnelle qui s’est perpétuée dans les cultures asiatiques et africaines, notamment. Mais pourtant, en Occident de nouvelles formes de cohabitation semblent émerger. 

Du jardin partagé en terrasse, à la laverie commune, en passant par la conciergerie ou la salle à manger pour tous, l’habitat impose un nouveau lifestyle, plus communautaire.

Loin de l’individualisme du XXème siècle, les logements se veulent plus flexibles et participatifs. 

Plusieurs raisons expliquent cette tendance « kibboutz urbain » : la pression financière bien sûr, avec des loyers de plus en plus élevés pour des surfaces de plus en plus petites. Mais aussi l’envie de rompre avec la solitude, en s’appuyant sur une nouvelle économie du partage. 

Coliving, un état d’esprit !

Partout dans le monde, les initiatives se multiplient pour offrir des espaces de vie partagés. Adieu la coloc’ des années 1980, bonjour le coliving ! Coliving ? C’est une version 2.0 de l’ancienne pension de famille, adaptée aux Millennials, ces jeunes actifs nomades et hyperconnectés. Né aux Etats-Unis, le coliving propose un habitat « polymorphe » associant pièces privées (studios, chambres), parties communes (cuisine, salon…), espaces de travail et de loisirs (salle de gym, spa, animations…). Plus qu’un logement, c’est donc un nouvel état d’esprit, qui puise ses codes dans l’hôtellerie. Effet de mode ? Pas vraiment car le coliving est désormais organisé en réseaux aux États-Unis (Norn, Roam, Welive…), à Londres (Tipi) ou encore à Paris avec Colonies et bientôt Flatmates à Ivry - un coliving dédié aux entrepreneurs de Station F, plus grand campus de startups au monde, créé par Xavier Niel (le fondateur du groupe Illiad, de l’école d’informatique Ecole 42 et de STATION F, le plus grand campus de startups au monde).

Dans cet esprit « tech », les « hackers houses » essaiment un peu partout dans le monde. Hacker house ? Une maison, ou plutôt un « écosystème » dans lequel cohabitent des développeurs informatiques et autres engagés de la tech. Travailleurs indépendants, ces colocataires d’un nouveau genre vivent… et travaillent ensemble !

L’habitat participatif : la nouvelle communauté

Moins digitale, moins connectée, moins « hôtellerie » aussi, la communauté, qui séduisait tant dans les années 1970, renaît de ses cendres sous l’appellation « habitat participatif ». Impulsés par des associations, des collectifs d’amis ou parfois même des pouvoirs publics, ces « habitats participatifs » (le paysan-penseur-écologiste Pierre Rabhi les appelle « Oasis ») permettent à des familles de s’unir pour acquérir un immeuble ou un groupe de maisons tout en partageant le jardin, les équipements, l’entretien et toute une vie communautaire clairement écologique et gentiment baba cool. Une approche collective de l’habitat qui devient conséquente en Allemagne avec 2,2 millions de logements et 5 millions d’habitants concernés*.

Lazare : vivre ensemble pour réapprendre le vivre ensemble

Si le coliving a le vent en poupe chez la jeune génération, d’autres formes d’habitat essaiment en ville, en réponse à la solitude, à la précarisation et à la modification des structures familiales. 

C’est ainsi que l’association Lazare développe depuis 2006, des « maisons » partagées, accueillant des personnes en situation d’exclusion, qui cohabitent « tout simplement » avec de jeunes actifs bénévoles. Conçus autour d’espaces communs (cuisine, salon, salle des bains), ces lieux de vie solidaires visent à favoriser la réinsertion. Douze logements Lazare sont disponibles à Paris, et le programme se développe aujourd’hui dans d’autres villes françaises comme Nantes (la Fondation Saint-Gobain soutient ce projet), Lyon Toulouse, Angers, Lille, Vaumoise, ainsi qu’à Bruxelles et Madrid.

Les retraités aussi !

À Lille, c’est la mixité sociale et transgénérationelle qui est soutenue grâce à un programme immobilier faisant cohabiter - sur un même lieu - une résidence étudiante, des logements en accession maîtrisée et des appartements adaptés aux seniors. À la clé : une solidarité économique et un vrai vivre ensemble.

Vous l’aurez compris, le logement de demain sera centré sur les usages et sur la coopération entre habitants. Après les Millennials, ce sont les retraités qui se mettent à la colocation ! Si ce concept est encore récent en France, il existe depuis de nombreuses années en Europe du Nord et plus particulièrement aux Pays-Bas, en Suède et au Benelux. L’avantage ? Le maintien à domicile et le partage à plusieurs des factures, des repas… et la création de nouveaux liens sociaux. 

D’autres initiatives voient le jour comme celle de l’association Âge sans frontières, qui propose des maisons partagées en appartements, avec des espaces privés et communs (salon, cuisine, jardin). Une alternative aux maisons de retraite, pour lutter contre l’isolement et la précarité sociale.

Ce modèle de cohabitation se décline également chez les familles monoparentales et plus particulièrement chez les mamans solos, qui cherchent à partager le loyer mais aussi le quotidien avec leurs enfants. Sur les sites d’aide aux parents élevant seuls leurs enfants, les propositions de colocation se multiplient.

Jeunes actifs, seniors, familles monoparentales… La colocation ne concerne plus uniquement les étudiants : c’est un phénomène grandissant, en réponse aux nouveaux modes de vie, dans un contexte économique tendu. Au-delà de l’âge ou du sexe, elle tient compte des affinités et des points communs de chacun. Alors demain, tous colocs ?

* source « Tübingen, berceau allemand de l’habitat participatif », La Croix, 24/03/2017

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