Vu d'ici et ailleurs : c'est quoi l'inclusion ?

Permettre à chacun de prendre sa place, voilà un engagement qui traverse nos sociétés, aux quatre coins du monde. Mais l'inclusion veut-elle dire la même chose partout sur le globe ? Et implique-t-elle les mêmes débats, les mêmes défis sociétaux ? Tour du monde.
  • Accueillir tout le monde, embrasser la différence

Le saviez-vous ?

En entreprise, une politique inclusive générerait 30 % de chiffre d’affaires supplémentaire par salarié, ainsi qu'une profitabilité supérieure à celle de leurs concurrents. (Source Deloitte, 2019)

L'inclusion, une notion forte qui émerge et s'épanouit sur chaque continent

Dans une société inclusive, chacun a sa place, comme il est, quelle que soit sa différence (genre, sexualité, appartenance culturelle, handicap, lacunes éducatives, sortie de prison, etc.). « L’inclusion, c’est prendre en compte ces différences, reconnaître la richesse des origines, des parcours, des idées de chacun, sans a priori », comme l’expliquait Laurence Monnet-Vernier, associée-conseil du cabinet Deloitte, dans une interview à Forbes. Utopique, l’inclusion ? Pas à en croire les différents avis que nous avons récoltés autour du monde. Pour Padmakumar, en Inde, « c’est très concret : il s'agit d'offrir à chacun une chance égale de penser et d'agir pour atteindre son plus haut potentiel ». Pour Anthony, qui est Chinois et vit à Shanghai, l'inclusion, c'est « se débarrasser de la discrimination et de l'intolérance ». Même définition en Argentine, où Yanina y voit l'occasion de « créer, en particulier en entreprise, une synergie avec des chances égales pour chacun, qui nous met au défi d'apprendre les uns des autres », ou encore en Allemagne, où Viola parle « de la nécessité d'établir une société ouverte et diversifiée ». Dans les grandes lignes, tous sont d'accord. L’inclusion semble bien être une notion universelle.

D’un pays à l’autre, des priorités qui varient

Mais en creusant un peu, on comprend rapidement que l’inclusion est une notion qui varie d’un pays à l’autre. Ça et là, la culture et les réalités sociales locales ont forgé le socle des engagements. Ainsi si, en France, Éric se dit satisfait de « l'excellent travail mené dans [son] entreprise en faveur d’un équilibre entre les sexes et pour l'inclusion du handicap » tandis que Julie, une Française vivant en Asie du Sud-Est, estime qu'il y a encore beaucoup à faire "Dans mon entreprise, nombre de cadres et de dirigeants sont des femmes. Elles n'ont aucun problème à s'exprimer, elles sont respectées. Mais nous opérons dans une région où il reste encore beaucoup à faire en termes d'égalité entre les femmes et les hommes."

En Afrique du Sud, Khabonina opte également pour une approche plus mesurée : "Des questions essentielles relatives au parcours professionnel des femmes doivent encore être abordées", concède-t-elle. Au Brésil, une approche plus inclusive est nécessaire pour s'attaquer à une autre forme d'inégalité : "De nombreuses personnes sont issues de milieux défavorisés et ont des difficultés à accéder à l'éducation et, par conséquent, au marché du travail", explique Marga, qui vit à Sao Paulo. À des milliers de kilomètres de là, à Shanghai, Anthony souligne que, dans la région Asie-Pacifique, la sensibilisation à l'inclusion varie énormément d'un pays à l'autre, même si "dans des pays comme le Japon, la Thaïlande, la Corée du Sud et l'Australie, les employeurs sont désormais encouragés par les gouvernements à embaucher des personnes en situation de handicap".

Quand des événements accélèrent la prise de conscience

Mixité, handicap, dialogue social, égalité des chances… On l’a vu, partout dans le monde, les lignes bougent et dessinent une société plus juste. Ces changements sont parfois accélérés par des événements marquants et par des mouvements sociaux. "Suite à la démarche d'une jeune femme noire interpelée par le mouvement Black Lives Matter, nous avons créé, ici au Royaume-Uni, un groupe de travail dédié à l’inclusion pour échanger sur les expériences de chacun et recommander des changements. L'inclusion est également au cœur de notre dialogue social. Le sujet figure à l'ordre du jour de chaque réunion du groupe RH du Royaume-Uni et de l'Irlande. L’inclusion est également à l'ordre du jour des réunions des Directeurs généraux du Royaume-Uni et de l'Irlande, dans le cadre du débat sur la Raison d'être de notre entreprise. Et elle est intégrée à notre programme de Bien-être au travail, car nous considérons que l'inclusion, ou plutôt son absence, a un vrai retentissement sur la santé mentale", explique Richard.

Mais des obstacles subsistent, notamment d'ordre technique et administratif : "Des méthodologies et des procédures complexes et diverses ont parfois entravé l'inclusion dans les entreprises ici", explique Alison, qui vit en Italie. "Au sein de mon entreprise, qui comprend plusieurs entités aux approches diverses, la simplification de certaines normes a finalement permis l'émergence d'une culture commune inclusive". Les facteurs organisationnels représentent également un obstacle au changement, comme en Roumanie. "Bien que l'inclusion ait gagné beaucoup de terrain dans notre pays, elle est plus difficile à mettre en pratique en raison de la culture hiérarchique rigide héritée de l'ère communiste", explique Smarandita. En Europe du Nord, il y a encore du chemin à parcourir dans certains pays et certains secteurs, où l'on "ne reconnaît pas toujours que le talent peut se manifester sous des formes inhabituelles, mais qu'il peut au contraire provenir de personnalités différentes ayant des parcours différents", dit Annika.

Enfin, une certaine vision du monde, notamment en matière de moralité, peut également entraver le progrès. Ainsi le sujet de l'homosexualité est encore considéré comme un tabou dans certains pays du Moyen-Orient, comme le souligne Rita qui vit à Beyrouth, au Liban, même si elle est fière de la diversité qui existe au sein de son entreprise, implantée dans une région hautement multiculturelle.

Des actions concrètes existent pour promouvoir l’inclusion

Conscients du chemin à tracer, un peu partout dans le monde, les acteurs économiques développent des stratégies dédiées à l’inclusion avec pour objectif de faciliter un changement en profondeur. Ainsi, en Espagne, les entreprises s'appuient sur des programmes de diversité des genres et des ateliers d'inclusion, quand en Inde elles sont incitées à participer au IWIN (Inspired Women’s International Network), un forum professionnel qui met en lumière les réussites des femmes. 

Aux Émirats arabes unis, l'inclusion est abordée sous l'angle de l'égalité des sexes par le biais de "comités d’empowerment des femmes" destinés à aider les femmes à améliorer leur qualité de vie - y compris au travail. En Allemagne et en Autriche, de grandes entreprises telles que Saint-Gobain ont signé la Charte de la diversité, et le sujet est pris très au sérieux en Roumanie, où des mesures très concrètes, telles que des sessions de formation sur l’empowerment, sont désormais mises en œuvre". 

Au Brésil, enfin, des comités de diversité partagent à leur réseau les meilleures initiatives et pratiques concernant la responsabilité sociale. Autant de pratiques inspirantes qui appellent à explorer davantage le champ des possibles en matière d'inclusion.

 

Plus qu’un concept de management, l’inclusion est la clé d’un engagement solide de part et d’autre

N'en doutons pas, quelle que soit la diversité des combats à mener, des avancées voient et verront le jour. Car pour tous nos intervenants, une chose est certaine : l'inclusion est la clé d'un avenir plus performant.  « Nous pensons que la diversité et l’inclusion sont des leviers qui permettent de relever les défis du XXIème siècle. Ils contribuent à développer le capacité d’innovation et à accélérer les transformations, grâce à la confrontation des idées créatrices de valeur. Ils permettent de mieux comprendre et répondre aux besoins des clients générant une plus grande performance économique », affirme Laurence Monnet-Vernier. Une analyse que partage Jaroslaw, un Polonais convaincu par le système inclusif : « Chaque manager peut le ressentir. Face à un défi, c’est en mettant en commun nos différentes expériences, que nous trouvons ensemble la meilleure solution. » Car, au final, une politique inclusive, c'est un système gagnant pour tous. Comme le résume parfaitement Ainhoa : « Une équipe diversifiée et inclusive, c’est forcément un atout pour l’image d’une société. Mais du côté des talents qui la composent également : lorsque les gens se sentent valorisés comme ils sont, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. L’engagement part de là ».

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