6 startups qui révolutionnent la construction
Depuis quelques années, le secteur de la construction, confronté à l’urgence climatique, décuple sa capacité d’innovation pour imaginer des solutions visant à réduire son empreinte carbone. NOVA by Saint-Gobain, l’équipe en charge de l’Open Innovation et du Capital-Risque de Saint-Gobain, suit de près ces avancées. Tour d’horizon avec 6 exemples de startups impactantes, alliées récentes ou de longue date du Groupe.
La percée rapide des technologies de pointe dans le secteur de la construction a donné naissance à un néologisme : ConTech (pour Technologie de la Construction). Sous cette ombrelle se rassemblent des innovations conçues pour rendre les procédés industriels plus rapides, plus efficaces et plus sûrs, et surtout moins carbonés.
Alors que les effets de la crise climatique sont de plus en plus sensibles, le secteur de la construction entend bien jouer son rôle, en repensant ses méthodes, ses matériaux et ses approches. Saint-Gobain encourage cette transformation grâce à sa structure d’innovation NOVA by Saint-Gobain (l’équipe d’Open Innovation et de Capital-Risque du Groupe) qui accompagne des startups partout dans le monde. Pour la seule année 2025, NOVA a conclu plus de 30 nouvelles collaborations. Voici quelques partenariats renforcés par des investissements NOVA au fil des années. Des innovations qui, au-delà de leur dimension technologique, ont en commun de préparer les clients de Saint-Gobain à répondre aux exigences croissantes de la construction durable.
La construction face aux changements climatiques
CarbiCrete, un béton sans ciment
Fondée en 2016, la startup canadienne CarbiCrete a mis au point une technologie brevetée : des blocs béton sans ciment capables de séquestrer du dioxyde de carbone à partir de sous-produits industriels et de dioxyde de carbone. Concrètement, le ciment est remplacé par des scories d’acier (ou « laitier »), un sous-produit métallurgique qui fait alors office de liant dans les produits en béton préfabriqués.
En 2024, CarbiCrete et POINT.P ont signé un accord de coopération, grâce auquel va naître la première ligne de production. Elle permettra à POINT.P de produire 20 000 tonnes de blocs béton sans ciment dès 2026. À l’horizon 2027, cette capacité sera progressivement portée à 40 000 tonnes.
Ce qui change concrètement
Omniprésent dans le bâti urbain, le béton est le matériau manufacturé le plus utilisé. Or, son empreinte carbone est considérable, en grande partie à cause de son principal ingrédient, le ciment Portland, dont chaque tonne produite émet 622 kg de CO2. Au global, la production de ciment contribue à 8 % du total mondial de CO2 émis chaque année, soit 2,5 milliards de tonnes. Elle est en outre très consommatrice d’eau, mais aussi très énergivore et nécessite l’utilisation de fours rotatifs chauffés à 1 500 °C. C’est précisément ces verrous que CarbiCrete cherche à faire sauter.
Une fois mélangé, le béton innovant, composé de scories d’acier et d’autres matériaux, doit durcir. C’est là qu’intervient l’innovation brevetée de CarbiCrete : du CO2 est injecté dans le béton frais pour le rendre résistant. Ce même gaz se retrouve alors capturé de manière permanente dans les blocs de béton obtenus. Côté performance, ceux-ci affichent une résistance à la compression jusqu’à 30 % supérieure au béton classique, une meilleure résistance aux cycles de gel/dégel et les mêmes capacités d’absorption d’eau. En moyenne, cette nouvelle technologie permettrait de réduire et d’éliminer environ 20 000 tonnes d’équivalent CO2, d’économiser environ 4 400 m³ d’eau et 33 000 tonnes de déchets chaque année. Dans un contexte réglementaire européen de plus en plus exigeant, c’est un argument de poids pour un distributeur comme POINT.P, qui s’apprête d’ailleurs à devenir le premier en France à proposer cette alternative à grande échelle.
Des murs réutilisables : JUUNOO
Fondée en 2017, la startup belge JUUNOO produit des cloisons de bureau réutilisables, faciles à installer, qui peuvent être utilisées pour séparer des espaces, créer des salles de réunion, des cabines téléphoniques et des portes vitrées. À la fin de sa vie, la cloison peut être démontée et réutilisée. Sa mise en place est sept fois plus rapide que celle d’un mur traditionnel et elle peut être positionnée et repositionnée à l’infini.
Saint-Gobain RIGIPS s’est associé à la startup pour développer Rigimove, un système de cloisons démontables facilitant des constructions et reconfigurations plus rapides et simples, pour des espaces personnalisés. La mise sur le marché en Allemagne a débuté fin 2025.
Ce qui change concrètement
Chaque année dans le monde, 320 milliards de dollars de cloisons sont démolis et terminent, pour la quasi-totalité, à la décharge. Elles sont responsables de 1 % de l’intégralité des émissions de CO2 dans le monde, soit l’équivalent de la quantité générée par l’ensemble du trafic aérien et maritime.
Conçus pour être démontés, récupérés et réutilisés, et non démolis et mis au rebut, les murs JUUNOO s’achètent une seule fois et se réutilisent à l’infini. La société va même jusqu’à racheter ses propres cloisons à ses clients, s’ils n’en ont plus l’usage, pour les remettre sur le marché.
Sur le chantier, le système de clips breveté rend la pose, et le démontage, bien plus rapides qu’un mur traditionnel. Pour les entreprises dont les espaces bougent au rythme de leur organisation, c’est une réponse concrète : open spaces reconfigurés, salles de réunion créées en quelques heures, phone boxes déplacées sans travaux.
Bâtiment reversible, bâtiment modulaire : quelles différences ?
Généraliser le design digital dans la construction avec KOPE
Lancé en 2019, Kope est la première plateforme d’IA générative pour la conception digitale. Elle permet d’automatiser le placement de produits Saint-Gobain dans un design de bâtiment, en optimisant le temps de calcul, diminuant les déchets et les coûts.
Le business offsite UK collabore avec la startup depuis 2023 afin d’intégrer les solutions et systèmes développés par le Groupe pour le préfabriqué, comme InteWall ou Intrastack. Ceci accélèrera leur compréhension et leur utilisation par les architectes et les designers, tout en augmentant la visibilité du Groupe sur ce marché.
Ce qui change concrètement
Le secteur de la construction se trouve à un tournant décisif, confronté à des défis tels que la pénurie de matériaux, la hausse des prix, le vieillissement de la main-d’œuvre et une empreinte carbone croissante.
Une plateforme logicielle sur mesure constitue un outil inédit et nécessaire pour prendre en charge les changements requis en matière de conception, de construction et d’approvisionnement. KOPE offre une intégration optimale avec la chaîne d’approvisionnement de la construction, qui permet d’évaluer et d’appliquer rapidement des produits dans des projets nouveaux ou existants. À la clé, une meilleure efficacité, des coûts et des déchets réduits, et une contribution concrète à la réalisation des objectifs de développement durable. KOPE représente aussi un gain de temps et d’efforts considérable lors de la conception et de la tarification des constructions. En enrichissant son catalogue avec un nombre croissant de systèmes Saint-Gobain, KOPE devient également un guichet unique permettant la prescription de solutions Saint-Gobain dans un ensemble cohérent et harmonisé pour le constructeur. Pour les architectes et les bureaux d’études, elle représente un gain de temps et de précision significatif dès la phase de conception.
Isoler avec du bois : TimberHP
En 2024, CertainTeed a conclu un partenariat avec la startup américaine TimberHP. Celle-ci a été fondée par deux entrepreneurs : Matthew O’Malia, architecte primé connu pour ses conceptions performantes et compétitives, et le Dr Joshua Henry, chimiste des matériaux expérimenté dans la conservation et la production d’énergie renouvelable.
Leur association a donné naissance à toute une gamme d’isolants en fibres de bois haute performance qui rendent les bâtiments plus sains et la construction durable accessibles à tous. Fabriquées dans le Maine, à partir de copeaux de bois résiduels et d’hydroélectricité, ces fibres offrent des performances exceptionnelles.
Grâce à un accord commercial exclusif avec CertainTeed Canada et en s’appuyant sur l’expertise d’Isonat en isolation à base de fibre de bois, le Groupe élargit la commercialisation de ces solutions à d’autres géographies.
Ce qui change concrètement
Grâce à une barrière thermique supérieure, une gestion optimale de l’humidité, une acoustique incomparable et une forte résistance au feu, l’isolant en fibres de bois offre des performances exceptionnelles. Ce matériau permet en outre de lutter contre les émissions de carbone sur deux aspects. Tout d’abord au niveau opérationnel, il entraîne la réduction des besoins en chauffage et en climatisation. D’un autre côté, il agit au niveau du carbone intrinsèque (le CO₂ émis lors de la fabrication et de la fin de vie des matériaux), en séquestrant, dans le bâtiment, le carbone biogénique, c’est-à-dire le carbone naturellement stocké dans le bois au cours de sa croissance. Une analyse du cycle de vie de l’isolation des bâtiments montre que la fibre de bois diminue considérablement les émissions de carbone par rapport à d’autres matériaux, et ce, tout au long du processus de fabrication, pendant l’utilisation et après la mise au rebut ou le réemploi.
Au-delà des performances, il offre une alternative biosourcée aux isolants conventionnels qui soit durable de la source au produit.
Qu’est-ce que ça change pour l’artisan ? Rien, en termes de mise en œuvre. La pose est, en effet, identique à celle d’un isolant classique. C’est en amont que réside l’argument : face à des réglementations de plus en plus exigeantes sur les matériaux biosourcés, distributeurs et constructeurs disposent enfin d’une alternative performante, sans compromis sur la facilité de pose.
Les matériaux du futur vont-ils transformer la construction ?
Recycler les menuiseries avec Recyfe
Recyfe collecte et recycle les fenêtres depuis 2021. Né de l’initiative de trois entreprises d’insertion expertes du recyclage avec plus de 20 ans d’expérience de terrain, ce réseau a pour ambition d’assurer la collecte et le traitement des menuiseries en fin de vie à l’échelle nationale.
L’entreprise opère en trois temps. D’abord, elle récupère les fenêtres et portes en PVC, bois et aluminium en fin de cycle (y compris les fenêtres de toit et les volets roulants). Pour optimiser la collecte, elle met à disposition des contenants pensés pour préserver les huisseries. Elle sépare ensuite les matériaux et traite les matières pour rendre leur réutilisation possible. Dernière étape, les matériaux sont orientés vers des filières de recyclage, en privilégiant la boucle fermée pour y être valorisés. À ce jour, Recyfe est partenaire de 21 acteurs de recyclage en France.
Recyfe joue un rôle central dans le dispositif Saint-Gobain Glass Recycling en France : le réseau lui fournit 1/3 du calcin fin de vie. Celui-ci est ensuite réinjecté dans les fours verriers du Groupe afin de produire de nouveaux produits, comme Oraé, le verre bas-carbone contenant 64 % de verre recyclé.
Ce qui change concrètement
Chaque année en France, 75 % des 8 millions de fenêtres jetées ne sont pas recyclées, soit 200 000 tonnes de précieux matériaux enfouis, comme le bois, le PVC ou le verre, un gâchis considérable. À la perte des matières premières s’ajoute l’énergie dépensée pour produire de nouvelles fenêtres à partir de ressources brutes et les émissions de CO2 liées à cette production. Recyfe structure ainsi une filière de collecte et de recyclage à l’échelle nationale pour mettre fin à ce gâchis.
Pour les artisans qui posent des menuiseries, l’entreprise permet de transformer un geste banal — déposer de vieilles fenêtres — en contribution concrète à une filière circulaire, jusqu’au produit fini.
Du béton bas-carbone : Fortera
Autre alternative au béton traditionnel, la startup californienne Fortera, fondée en 2019, a mis au point un procédé de fabrication de ciment bas carbone en développant un liant minéral innovant à base de carbonate de calcium réactif. Une technologie destinée à remplacer le ciment traditionnel qui s’intègre aux cimenteries existantes, en tirant parti de leurs ressources en calcaire.
La start-up exploite actuellement une installation en Californie, d’une capacité de 15 000 tonnes par an, et entame la construction d’une usine commerciale à grande échelle, d’une capacité de 400 000 tonnes par an.
La startup collabore actuellement avec Saint-Gobain pour le développement de nouveaux additifs destinés au ciment bas-carbone, un axe d’innovation majeur pour le Groupe.
Ce qui change concrètement
Le procédé breveté ReCarb™ permet à Fortera de minéraliser le CO2, et ainsi de réduire les émissions directes de carbone de 70 %. Elle ouvre la voie à la production zéro émission nette en carbone de ciment lorsque ce procédé est associé à l’utilisation d’énergie verte. Fortera s’occupe de l’industrialisation de cette solution, portée par la fabrication à grande échelle de la vatérite, un composé minéral dérivé du calcaire. Cette dernière peut être exploitée en mélange avec du ciment traditionnel et de l’argile calcinée. Son utilisation pure permet de réduire de 60 % les émissions de carbone par rapport à un ciment classique, avec des performances mécaniques supérieures à la clé. De quoi convaincre les cimentiers et les donneurs d’ordre soumis à des incitations réglementaires croissantes.
Ces six innovations ont en commun d’être encore jeunes. Certaines sont en phase de co-développement, d’autres viennent tout juste d’entrer en production. Mais c’est précisément la mission de NOVA by Saint-Gobain : identifier et accompagner, dès aujourd’hui, les solutions qui permettront aux clients du Groupe de répondre aux exigences de la construction durable de demain.