Changement climatique :
6 startups qui révolutionnent la construction

Face à une urgence climatique de plus en plus préoccupante, le secteur de la construction, conscient de son impact sur l’environnement, cherche à innover encore davantage en imaginant des solutions et procédés visant à réduire son empreinte carbone. Voici six startups qui font bouger les lignes de la construction.

Contech
Du nouveau dans la construction durable

La percée rapide des technologies de pointe dans le secteur de la construction a donné naissance à un néologisme : ConTech (pour Technologie de la Construction). Sous l’ombrelle de la ConTech se rassemblent des innovations conçues pour rendre les procédés industriels plus rapides, plus efficaces et plus sûrs. Mais le plus grand avantage de ce domaine en pleine expansion, c’est sans doute son aspect environnemental, car il contribue à réduire considérablement l'empreinte du secteur sur notre environnement.  

Alors que les effets de la crise climatique se font sentir aux quatre coins du monde, le secteur de la construction entend bien jouer son rôle, en repensant ses méthodes, ses matériaux et ses approches. Voici six solutions révolutionnaires qui aident la construction à devenir encore plus durable. Six solutions portées par des startups soutenues par NOVA (Saint-Gobain) : 

 

I. Concevoir un bâtiment neutre en carbone : CAALA 

CAALA (l’acronyme de « Computer Aided Architectural Life-Cycle Assessment » – analyse assistée par ordinateur de l’impact du cycle de vie) est une startup allemande qui propose un logiciel de modélisation et de conception visant à aider le développement de bâtiments neutres en carbone ou à faciliter la décarbonation de bâtiments existants. Destiné aux sociétés de promotion immobilière, aux architectes et aux conseillers (notamment au sein de collectivités et autres instances publiques), le logiciel d'analyse de CAALA leur permet d’améliorer la durabilité de leurs projets de construction à chaque étape, de la planification à la conception, en passant par la construction et l'exploitation. 

Que ce soit du côté des occupants comme de celui de la planète, tout le monde gagne à mettre au point des bâtiments plus efficaces sur le plan énergétique, et ce dès la prise de décision. Qu'il s'agisse d'une nouvelle construction ou d'une rénovation, comprendre l'impact de chaque décision de construction rend le développement de bâtiments à faible émission de CO² plus économique et plus réaliste. 

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

CAALA se base sur l’analyse du cycle de vie (ACV) et le coût du cycle de vie (CCV) pour déterminer les moyens les plus efficaces d’optimiser et de décarboner les projets de construction. En créant un jumeau virtuel en 3D du bâtiment à construire ou à rénover, on peut y ajouter des paramètres comme les matériaux, la technologie de construction, le facteur d’émission et les coûts. Le logiciel analyse puis visualise les données afin de fournir une estimation des émissions de CO², de la demande énergétique et des coûts pendant les phases de construction et d’exploitation. Les architectes et les promoteurs peuvent alors ajuster les paramètres afin de trouver le meilleur résultat pour leur conception finale.
 

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II. Blocs béton sans ciment et séquestrant du dioxyde de carbone : CarbiCrete 

CarbiCrete, qui nous vient du Canada, a mis au point une technologie brevetée : blocs béton sans ciment et séquestrant du dioxyde de carbone à partir de sous-produits industriels et de dioxyde de carbone. Le ciment est remplacé par des scories d’acier (ou « laitier »), un sous-produit métallurgique qui fait alors office de liant dans les produits en béton préfabriqués. 

Omniprésent dans l'environnement bâti urbain, le béton est le matériau manufacturé le plus utilisé par l'homme. Or, son empreinte carbone est considérable, en grande partie à cause de son principal ingrédient, le ciment Portland ordinaire, dont chaque tonne produite émet 622 kg de CO². Au global, la production de ciment contribue à 8 % du total mondial de CO² émis chaque année, soit 2,5 milliards de tonnes. Elle est en outre très énergivore et nécessite l'utilisation de fours rotatifs chauffés à 1500 °C. 

Concrete

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

Le caractère innovant de la technologie de CarbiCrete réside non seulement dans le fait que son procédé remplace le ciment par un sous-produit industriel, mais aussi qu'il permet de séquestrer du carbone dans le produit final. Une fois versé dans une machine qui fabrique les blocs conventionnels, le mélange de béton, composé de scories d'acier et d'autres matériaux, doit durcir. C’est à cette étape qu’intervient l’innovation brevetée de CarbiCrete : son procédé de durcissement consiste à injecter du CO² dans le béton frais pour le rendre résistant. Le gaz est alors capturé de manière permanente dans les produits obtenus. En outre, les blocs de béton de CarbiCrete ont une résistance à la compression jusqu’à 30 % supérieure, supportent mieux le cycle de gel/dégel et présentent les mêmes capacités d’absorption d’eau que le béton classique. 

En moyenne, cette transition permet de réduire et d’éliminer environ 20 000 tonnes d'équivalent CO², d’économiser environ 4 400 mètres cubes d'eau et 33 000 tonnes de déchets chaque année. 
 

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III. Murs réutilisables : JUUNOO 

En réduisant le temps d'installation des murs et en réutilisant les matériaux, la startup belge JUUNOO révolutionne la construction. L'entreprise produit des cloisons de bureau réutilisables, faciles à installer, qui peuvent être utilisées pour séparer des espaces, créer des salles de réunion, des cabines téléphoniques et des portes vitrées. À la fin de sa vie, la cloison n'a pas besoin d'être démolie, mais peut être démontée et réutilisée. Sa mise en place est sept fois plus rapide que celle d'un mur traditionnel et elle peut être positionnée et repositionnée à l'infini. 

Réduction, réutilisation, recyclage : voilà le principe de base d'un mode de vie plus durable – un principe qui peut également s'appliquer aux bâtiments. Chaque année dans le monde, ce sont 320 milliards de dollars de cloisons qui sont démolies et éliminées, 99 % d’entre elles finissant à la décharge. Elles sont responsables de 1 % de l’intégralité des émissions de CO² dans le monde, soit l’équivalent de la quantité générée par l'ensemble du trafic aérien et maritime. 

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

L’utilisation de produits renouvelables conçus pour être démontés, récupérés et réutilisés, et non démolis et mis au rebut, contribue à la mise en œuvre d’immeubles de bureaux bien plus durables. Pouvant être réutilisés à l'infini, les murs JUUNOO sont conçus pour être achetés une seule fois ; et la société va même jusqu'à racheter ses propres cloisons à ses clients, s’ils n’en n’ont plus l’usage. 
 

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IV. African Bamboo : le bambou, nouvel aluminium 

African Bamboo, fabricant de fibres naturelles, s’est donné pour mission de créer des alternatives durables aux matériaux de construction conventionnels comme le plastique, l’aluminium, l’acier, le verre et le béton.  

Consommant 40 à 50 % de l'ensemble des matières premières, le secteur de la construction est, et de loin, l'industrie la plus gourmande en ressources. Le carbone incorporé, ou provenant des matériaux utilisés dans la construction d'un bâtiment, comme l'acier et le ciment, contribue à l’émission de plus de 3 000 mégatonnes de CO² par an. Ces matériaux de construction lourds représentent également un coût et des ressources considérables pour leur fabrication, leur transport et leur installation dans les bâtiments.  

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

Les produits renforcés par des fibres solides d’African Bamboo sont légers (deux fois plus que le béton), robustes (avec un rapport résistance/densité trois fois supérieur à celui de l'acier inoxydable) et durables (un cycle de vie de vingt ans lorsqu’ils sont soumis aux intempéries). D’après la startup, ses produits conviennent pour une multitude d’utilisations, notamment du revêtement, du mobilier, du plancher ou des murs porteurs.  

Et ce n’est pas tout : African Bamboo s'approvisionne en bambou de manière durable sur les plans social, environnemental et économique en travaillant avec près de 2 200 agriculteurs répartis en 31 coopératives à travers l'Éthiopie, afin de le cultiver manuellement et avec l'empreinte la plus faible possible. 
 

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V. Maisons préfabriquées sur mesure : Unity Homes 

Unity Homes est un fabricant de maisons du nord-est des États-Unis qui utilise des procédés de préfabrication à la pointe de la technologie dans le but de créer des maisons durables et économes en énergie, tout en minimisant les déchets. 

Pour cela, Unity Homes a mis au point cinq plateformes flexibles et extensibles qui servent de point de départ à la construction, pour se baser ensuite sur les informations relatives au site et aux préférences de l'acheteur. La société assemble ensuite un modèle 3D de la conception de la maison, à l'aide d'une série d'éléments préconçus tels que les cuisines et les chambres. Le modèle numérique pilote des équipements commandés par ordinateur dans une usine de production, où les grandes composantes de la maison sont préfabriquées. Enfin, elles sont transportées sur le site de construction et assemblées par une équipe de charpentiers. 

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

Les technologies numériques, telles que celles utilisées par Unity, sont à l'origine d'une résurgence des maisons modulaires préfabriquées. Celles-ci étant construites de manière plus efficace et plus rentable, elles laissent une empreinte écologique bien plus faible qu’une maison bâtie de manière traditionnelle. En effet, une maison modulaire faite de poutres et de cadres préfabriqués peut réduire les déchets de 52 % et émettre jusqu'à 45 % de carbone en moins par rapport aux maisons classiques. 
 

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VI. Tvasta : logement abordable imprimé en 3D 

Tvasta est une startup indienne spécialisée dans les matériaux de construction qui s'efforce d'améliorer l'efficacité du secteur grâce à la technologie. Elle a développé une technique d'impression 3D du béton qui peut être utilisée pour construire des maisons. Une technique grâce à laquelle, en 21 jours, l’entreprise a construit la première maison indienne imprimée en 3D. 

De plus, Tvasta met son système à la disposition de tous les acteurs de la construction, qu’ils soient en charge de programmes de logements abordables ou d’infrastructures à grande échelle. C’est dans ce cadre que Tvasta a collaboré avec Saint-Gobain, au cœur de l’épidémie de Covid-19. Leur réalisation : deux bâtiments, conçus en 3D, destinés au retrait (et au recyclage) des équipements de protection individuelle des professionnels de santé. 

En quoi est-ce révolutionnaire ? 

La construction en 3D présente des avantages en termes de durabilité, notamment parce qu'elle permet de réduire considérablement les déchets et de n'utiliser que la quantité exacte de matériaux nécessaires. Elle est également plus rapide et plus sûre que la construction conventionnelle. 

Grâce à des conceptions innovantes et à des processus différents, l'industrie de la construction, perçue comme une grande consommatrice de ressources et une grande émettrice de CO², peut changer le visage du secteur, le rapprochant de l'objectif mondial de neutralité carbone d'ici 2050. Et la révolution a commencé. Les six solutions présentées ici couvrent différentes étapes du processus de construction (avant la démolition). Animées par le désir de changer les choses, poussées par une demande accrue des consommateurs et soutenues par des acteurs majeurs du secteur, ces startups contribuent à rendre le monde de la construction plus respectueux de la planète.

 

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