« Le sujet de la résilience a longtemps été évité »

Bien que la lutte contre le changement climatique soit toujours au cœur des enjeux mondiaux, ses conséquences ne font que s’accentuer. Amélie Roux, Chef économiste, et Emmanuel Normant, Directeur du développement durable, nous livrent leur vision d’une construction durable et résiliente face aux aléas climatiques.

« Le sujet de la résilience a longtemps été évité »

Pourquoi la résilience est-elle un concept de plus en plus présent dans la construction durable ?

Amélie Roux : De façon globale, nous avons longtemps pensé que si nous portions tous nos efforts sur le zéro émission nette de carbone, nous arriverions à atténuer les conséquences les plus dramatiques du changement climatique comme les sécheresses ou les inondations. Nous voyons bien aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Construire ou rénover un bâtiment pour qu’il résiste à ces aléas climatiques inévitables, c’est donc le rendre résilient.

Emmanuel Normant : Le sujet de la résilience a longtemps été évité – il était presque tabou ! – mais même avec les scénarios les plus optimistes, même si toutes les parties prenantes arrivaient à s’aligner sur les Accords de Paris et limiter le réchauffement climatique à +1,5°C, il y aura des changements significatifs sur notre planète. Nous les ressentons déjà. Tout l’enjeu de la résilience est donc de comprendre ces conséquences et les effets qu’elles auront sur nos marchés, nos solutions et nos façons de travailler.

Qu’est-ce que cela implique pour Saint-Gobain ?

Emmanuel Normant : L’enjeu est d’assurer un niveau de confort aux usagers des bâtiments malgré la multiplication des aléas climatiques. Beaucoup de nos solutions ont été pensées pour cela, comme l’isolation qui protège du froid. Mais demain, pourront-elles isoler aussi efficacement les personnes des vagues de chaleur ?

Amélie Roux : Nous allons également voir de nouvelles offres combinées émerger, ou prendre de l’ampleur. Ce sera par exemple le cas des toitures ou façades végétalisées, qui réduisent la chaleur intérieure des bâtiments tout en favorisant la biodiversité ; ou encore des cool roofs, ces toitures capables de réfléchir les rayons du soleil pour protéger de la chaleur. Le vitrage à contrôle solaire est également appelé à se développer.

Emmanuel Normant : Notre offre va devoir évoluer et nous avons pour cela une formidable force chez Saint-Gobain : notre présence internationale. Nous vendons chaque jour des solutions pour construire ou rénover aussi bien aux Emirats arabes unis qu’au Canada ; nous avons donc le savoir-faire. C’est en mobilisant toutes nos expertises que nous arriverons à apporter des réponses à cette problématique planétaire.

Est-ce que cette notion de résilience se limite aux bâtiments résidentiels ?

Emmanuel Normant : Malheureusement non. La question est cruciale pour nos usines et les conditions de travail de nos collaborateurs. Nous devons adapter nos installations pour résister aux inondations, en déplaçant les installations électriques par exemple. Nous serons peut-être un jour amenés à repenser nos conditions de travail pour faire face aux vagues de chaleur. Il faut intégrer tous les risques climatiques dans nos futurs investissements, dans nos plans de continuité d’activité et réfléchir ensemble aux meilleures solutions en fonction des réalités locales.

Amélie Roux : Là encore, nous avons des solutions à apporter. La construction hors-site, qui réduit le temps de travail sur le chantier, est largement utilisée dans les Pays Nordiques en période de gel. Demain, elle trouvera sans doute son sens pour réduire le temps de travail sur les chantiers en extérieur lors d’épisodes caniculaires. Les progrès faits par la chimie de la construction pour utiliser moins d’eau dans les bétons est aussi une manière de s’adapter à cette évolution du climat et de préserver toujours plus cette précieuse ressource.

Saint-Gobain doit donc se positionner sur ce sujet ?

Amélie Roux : Evidemment ! Nous sommes de plus en plus interrogés par nos grands clients développeurs ou constructeurs. Les régulateurs s’emparent du sujet, ainsi que les labels verts. Il y a des coalitions de villes qui se forment pour trouver des solutions pour rendre leurs bâtiments et leurs quartiers plus résilients. On voit émerger des problématiques d’assurabilité et des pans entiers de nos villes ne seront plus couverts demain si nous n’arrivons pas à construire des bâtiments résilients.

Emmanuel Normant : En tant que leader de la construction durable, nous avons la responsabilité d’apporter des solutions. Et c’est ce que nous faisons, à travers notre offre, mais aussi à travers les actions de l’Observatoire de la Construction Durable – en interne comme en externe – pour embarquer toutes les parties prenantes dans la transition du secteur.