Construire vite, c’est construire mieux ?

« Construire vite, mieux et moins cher », cette expression de l'architecte français Fernand Pouillon (1912-1986), est reprise en cœur par la plupart des gouvernements du monde entier, face à l’urgence démographique et l’urbanisation croissante. Ces enjeux doivent également s’inscrire dans le prisme de l’impératif climatique. Alors, comment construire vite, mieux et vertueux ?

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Vers de nouvelles solutions de construction

 

28 heures et 45 minutes, top chrono. C’est le temps qu’il aura fallu à une entreprise chinoise pour ériger un immeuble d’habitation de 10 étages en 2021. Une première mondiale, pour un record depuis inégalé, qui est venue « révolutionner » les techniques de construction traditionnelles. Pour établir ce nouveau record, l’entreprise a utilisé des structures préfabriquées, semblables à de gros conteneurs que l’on empile. 3 grues, quelques boulons, un raccordement à l’eau et l’électricité…  En moins de 2 jours, l’immeuble était prêt à accueillir ses nouveaux résidents. Dans un pays qui compte plus d’un milliard d’habitants, on comprend aisément pourquoi il est indispensable de « construire vite ». Mais ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ? N’est-ce pas un record aussi futile qu’inutile ? À vrai dire… non. Construire vite, et si possible mieux, n’est plus une option. Car partout dans le monde, il y a urgence.

Comme une traînée de poudre, la pénurie de logements implose, touchant sans distinction les pays émergents ou industrialisés. D’aucuns disent qu’elle pourrait être la prochaine crise du millénaire. Aux États-Unis, on estime qu’il manque entre 4 et 7 millions de logements selon les données du Pew Research Center pour rattraper le retard accumulé. Des villes telles que New York ont même lancé des projets de conversion de bureaux en appartements pour pallier le manque de logements. Même constat en Europe ou encore en Afrique qui voit son compteur démographique s’emballer, en route vers les 2,5 milliards d’habitants en 2050, selon les dernières projections (1). Le continent doit aussi faire face à une urbanisation galopante qui exerce une pression énorme sur les infrastructures existantes. D’ici 2050, plus de 1,3 milliard d’Africains vivront en ville, soit deux fois plus qu’aujourd’hui. Des pays comme le Nigeria et l’Égypte font face à un déficit de plus de 10 millions de logements pour répondre à la demande croissante.

Alors, construire vite, c’est vraiment construire mieux ? Oui ! Mais surtout si construire vite cela veut dire répondre aux enjeux globaux… tout en construisant mieux.

 

Construire vite pour préparer demain

Parmi les enjeux à résoudre en construisant vite ET mieux : l’urgence démographique, l’urbanisation galopante et l’impérieuse nécessité d’éradiquer l’habitat indigne. C’est donc une véritable lame de fond, à la fois urbaine, démographique et environnementale, qui vient accélérer les mutations. Ne plus construire comme avant, mais inventer de nouvelles solutions, pour aujourd’hui et demain… voilà le défi auquel sont confrontés les acteurs de la construction, qui explorent de nouvelles pistes pour compresser les délais.

Reprenons l’exemple de l’immeuble chinois : pour bâtir « contre la montre », le constructeur, Broad Group, a appliqué les principes du modulaire. Autrement dit, tout l’immeuble est fabriqué en usine. Y compris les circuits d’eau et d’électricité. Il n’y a plus ensuite qu’à raccorder l’ensemble directement sur site.

Cette approche modulaire n’est pas qu’une tendance éphémère. Le marché des logements préfabriqués est en pleine expansion, atteignant 22,87 milliards USD en 2024 avec une projection à 30,93 milliards USD d’ici 2029 — une croissance annuelle robuste de 6,23 % (2). L’engouement s’explique clairement : délais réduits, productivité accumulée, meilleure sécurité sur les chantiers et optimisation des coûts. Si l’Europe affiche la progression la plus dynamique dans ce domaine, c’est l’Amérique du Nord qui constitue actuellement le marché le plus important. L’Allemagne illustre parfaitement cette révolution silencieuse avec déjà 23 % de son parc immobilier constitué de maisons préfabriquées — un signal fort pour l’avenir de la construction.

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                   BÂTIMENT RÉVERSIBLE, BÂTIMENT MODULAIRE : QUELLES DIFFÉRENCES ?

 

Bois et métal : vers le bâtiment renouvelable

Autre variante « gain de temps », la construction légère en bois, qui apparaît comme une alternative sérieuse pour aller vite. Très utilisée au Japon, mais aussi aux États-Unis, l’ossature bois séduit pour sa polyvalence et sa rapide mise en œuvre. Talonnée de près par sa consœur l’ossature métallique, les deux solutions s’appuient sur un même principe : la structure est préfabriquée en usine, en prêt-à-poser. Sans temps de séchage. Mieux : face à la raréfaction des matières premières, le bois et le métal ouvrent l’ère du bâtiment renouvelable. En effet, ils sont tous deux recyclables et frugaux en énergie, puisque leur mise en œuvre ne nécessite pas d’eau.

 

Solutions intégrées pour une construction rapide et durable

La construction modulaire ne se contente pas d’utiliser le bois et le métal, elle fait également la part belle à des solutions innovantes qui allient performance technique et responsabilité environnementale. L’objectif est double : réduire l’empreinte écologique des bâtiments tout en accélérant les délais de construction. 

Saint-Gobain illustre cette tendance avec plusieurs solutions comme le système FireLITE® de CertainTeed qui réduit le poids des panneaux anti-incendie de 13 % sans sacrifier leur efficacité, permettant aux équipes de gagner en agilité et en productivité. Une quête d’efficacité qui se poursuit avec des solutions comme EnveoVent, un système complet de mur préfabriqué hors site qui combine haute performance thermique et empreinte carbone réduite.

 

Saint-Gobain : des solutions à 360°

 

L’efficacité se recherche également dans l’amélioration des processus de construction. Les plaques de plâtre peuvent, par exemple, être prédécoupées hors site, de même que les plafonds biseautés sur les quatre côtés pour un ajustement simplifié. Les cloisons peuvent aussi se faire plus larges pour limiter les travaux de jointoiement et réduire les quantités de montants nécessaires. C’est, le cas de la cloison Placo® Infinaé 98/62, première cloison éco-circulaire du marché, entièrement recyclable et fabriquée à partir de matériaux recyclés. Sa largeur permet aux professionnels d’installer une plaque au lieu deux. Récemment, Gyproc® Belgique est allé encore plus loin avec le lancement d’une machine de découpe robotisée unique sur le marché belge. Cette innovation pilotée par ordinateur sélectionne, découpe et trie automatiquement les plaques de plâtre, permettant aux entrepreneurs de gagner jusqu’à 50 % de temps sur les chantiers.

L’objectif reste le même à chaque innovation : minimiser les déchets, accélérer les chantiers et garantir des constructions durables de qualité supérieure.

 

Le BIM Bang

Construire vite demande d’imaginer des produits et services innovants, dans le respect des enjeux de développement durable. Cela suppose aussi une organisation bien rodée, tirée au cordeau, pour ne pas perdre de temps sur le terrain.

Sur ce point, les chantiers pourraient gagner en fluidité en jouant la carte du Building Information Modeling. Comprenez « BIM » ou maquette numérique. Si la solution n’est pas nouvelle, elle montre chaque jour combien une bonne orchestration entre les différents corps de métier peut grappiller un temps précieux. 

Avec le BIM, tout est modélisé, contrôlé et analysé en amont. Pas de mauvaise surprise sur chantier ni ajustement de dernière minute : tout a été anticipé. L’autre force du BIM est le partage d’informations en temps réel. Chaque acteur dispose de l’ensemble des caractéristiques techniques, du planning, des interventions… Alors forcément, on gagne du temps, on rationalise les flux… et donc, on construit plus vite ! Dans certains pays, la maquette numérique va de pair avec la construction en régime accéléré ou « Fast-track construction ». Une technique qui autorise le chevauchement des tâches et missions. Autre application avec la machine de découpe robotisée de Gyproc® que nous évoquions plus haut. Grâce à un plug-in BIM développé spécifiquement, le système analyse intelligemment les plans numériques pour organiser des packages de plaques de plâtre sur mesure qui pourront être ensuite transportés sur le chantier puis répartis par pièce selon l’ordre précis des travaux. 

Et le mouvement BIM s’accélère encore avec l’arrivée de l’intelligence artificielle qui marque un tournant décisif dans cette évolution. Celle-ci agit comme un véritable catalyseur du potentiel du BIM. Les résultats sont là : une réduction du temps de conception allant jusqu’à 30 %, des conflits de conception diminués de 75 % et des retards de projet réduits de 20 %. Cette symbiose entre BIM et IA n’est pas qu’une simple technique — c’est une révolution qui redéfinit les limites du possible dans la construction moderne.

 

L’IA redéfinit les lignes de production

Une construction rapide et qualitative s’appuie désormais sur une constellation d’innovations numériques qui transforment l’industrie 4.0. Les drones survolent, par exemple, les chantiers pour en vérifier l’avancée en quelques minutes, bien plus efficacement qu’une inspection traditionnelle à pied. Cette révolution technologique ne se limite pas à la surveillance : l’IA pénètre au cœur même des processus de fabrication, redéfinissant fondamentalement la production des éléments de construction.

 

Et si les IA génératives nous aidaient à construire plus durable ?

 

Vestack incarne parfaitement cette métamorphose avec son procédé de fabrication hors site. L’entreprise a déployé des robots intelligents dont la particularité réside dans leur autonomie décisionnelle : leurs actions ne sont plus figées dans des programmes préétablis, mais déterminés en temps réel par des algorithmes issus de l’IA. Ces machines sont capables d’analyser chaque élément à assembler et de définir instantanément leur propre séquence de mouvements. Résultat : des opérations comme le clouage à haute cadence sont réalisées avec une précision et une rapidité inégalées. 

Digitalisée, ultra moderne ou s’appuyant sur des techniques traditionnelles… Finalement, la construction rapide, c’est d’abord une réponse concrète et efficiente aux mutations du monde : urbanisation croissante, explosion de la démographie, besoins en rénovation énergétique. C’est aussi apprendre à construire mieux, plus confortable et même moins cher, sans transiger sur la qualité des produits. 

 

(1).https://www.imf.org/fr/Publications/fandd/issues/2023/09/PT-african-century#:~:text=D’apr%C3%A8s%20les%20pr%C3%A9visions%20de,la%20population%20mondiale%20sera%20africaine.

(2).https://www.mordorintelligence.com/fr/industry-reports/global-prefabricated-housing-market

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