Innovation : le charme discret de l’amélioration continue

L’innovation est indispensable à la performance d’une entreprise. Mais faut-il uniquement cultiver des idées disruptives ? Améliorer sans cesse les solutions et services de façon incrémentale a de nombreux avantages, et joue un rôle majeur dans la création de valeur. Retour sur les clés d’une stratégie d’innovation gagnante.

extrusion plastique supervision

Quel est le point commun entre Uber, Tesla ou Airbnb ? Ces trois entreprises ont porté aux nues l’innovation dite « disruptive » et ont réussi à transformer leur marché en s’appuyant sur une solution ou un service inédit. Et ce ne sont pas les seules : dans le secteur de la construction, on sait aussi être disruptif. En témoignent l’introduction du béton armé, l’impression 3D de bâtiments ou l’utilisation de vitrages dynamiques comme le SAGEGLASS® de Saint-Gobain : toutes ces innovations ont marqué les esprits et révolutionné les usages. 

 

C’est pourquoi le nombre des dépôts de brevets d’une entreprise (plus de 450 pour le Groupe Saint-Gobain en 2023) est généralement scruté à la loupe : il apparaît comme un indicateur phare de sa santé et de ses perspectives de croissance. Et pourtant, ne parler que d’innovation de rupture, ce serait oublier tout un pan de l’innovation tout aussi précieux…

 

Innovation incrémentale versus disruptive : meilleures alliées ou ennemies ?

 

Le quotidien des grandes entreprises est aussi rythmé par une démarche complémentaire, dite d’innovation « incrémentale », qui ambitionne d’améliorer les matériaux, solutions ou services déjà existants. Elle s’inspire largement de la philosophie kaizen (du japonais Kai, « changement », et Zen, « mieux ») née au Japon, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et rapidement adoptée dans l’industrie automobile. Convaincue que des progrès notables peuvent être obtenus grâce à de petites améliorations progressives, la firme Toyota a même fait de ce principe la pierre angulaire de son développement. 

 

Demain tous en voiture électrique ? Des freins restent à lever

 

Dans le bâtiment aussi, tout un pan de l’innovation s’incarne donc dans cette politique des « petits pas ». Moins « waouh » que sa contrepartie disruptive, cette innovation incrémentale recèle pourtant des bénéfices incontestables. Elle a d’abord l’avantage de la régularité : « Chaque progrès en termes d’expérience client ou chaque personnalisation des usages constitue autant d’avancées dont le cumul alimente largement la création de valeur de l’entreprise », indique Fabien Lienhart, adjoint à la Directrice de l’Innovation chez Saint-Gobain.

Elle est également plus sûre que l’innovation disruptive, qui suscite toutes les espérances, mais implique souvent des délais et des coûts importants, sans aucune garantie de retour sur investissement. Briser les codes est un pari. 

Tout l’enjeu est donc de trouver un équilibre dans le déploiement parallèle des deux types d’innovation. La gamme d’adjuvants bétons développée par Chryso, par exemple, contribue à décarboner le béton en réduisant la quantité de ciment nécessaire à sa fabrication. Elle constitue une avancée significative en faveur de la durabilité grâce au travail de recherche et de développement incrémental effectué de sorte que le changement d’usage est imperceptible pour l’applicateur. Et pourtant, elle introduit une rupture dans le marché et dans les modes d’utilisation du béton, tout en faisant entrer de nouveaux acteurs dans le secteur.

 

Le béton durable : passer du gris au "vert"

 

C’est également le cas de la colle Webercol Flex Eco, une solution certes traditionnelle, mais dont le caractère innovant réside dans la volonté d’atténuer les difficultés d’emploi rencontrées par les utilisateurs. « De fait, ce sont bien souvent les clients qui se montrent les plus friands d’innovation incrémentale ! La nouvelle version de Webercol Flex Eco réussit donc un tour de force : améliorer dans le même temps son confort et sa facilité d’utilisation tout en réduisant son empreinte environnementale », complète Fabien Lienhart.

usine weber malaisie
Usine Weber en Malaisie (©Weber Malaysia)

 

Amélioration continue, mode d’emploi

 

Alors, comment concilier liberté d’inventer ou d’améliorer et respect de la stratégie de l’entreprise et de ses capacités humaines et matérielles ? C’est là qu’intervient le modèle des trois horizons (cf. notre encadré), une approche de l’innovation développée par le cabinet de conseil en stratégie McKinsey et reprise par Saint-Gobain. 

Le modèle des trois horizons en détail

Horizon 1 : innovation continue, qui vise à renforcer les activités existantes pour garantir la croissance à court terme. La famille de vitrages 4BIRD® développée par Saint-Gobain Glass en est un exemple parlant : les solutions permettent de réduire drastiquement les collisions d’oiseaux contre les surfaces vitrées grâce à l’ajout de motifs sérigraphiés ou gravés, sans nuire aux qualités esthétiques ou à l’efficacité énergétique des vitrages. 
 

Horizon 2 : innovation de rupture, susceptible de générer de nouvelles opportunités en faveur de la croissance à moyen terme. La solution Rigips® Glasroc X, une plaque de plâtre à armature en voile non-tissé permettant la réalisation de constructions sèches de qualité dans un environnement humide ou une salle d’eau, constitue une innovation disruptive dans le domaine de la construction à sec. 
 

Horizon 3 : innovation transformatrice, basée sur de véritables mutations, anticipées ou provoquées. À la clé, des gains de croissance liés à une disruption dans les modes de consommation d’un produit ou d’un service, comme imaginer le four verrier de demain, plus sobre en énergie et en matières premières. 

Au-delà des concepts, pas de stratégie d’amélioration continue sans impliquer quotidiennement les équipes pour tirer parti de leur formidable potentiel créatif ! C’est un des piliers du programme d’excellence opérationnelle et industrielle, le World Class Manufacturing, à l’œuvre dans l’ensemble des activités du Groupe. « Chaque site, selon ses caractéristiques et sa stratégie propres, adapte le modèle pour construire sa feuille de route », détaille Fabien Lienhart, adjoint à la Directrice de l’Innovation chez Saint-Gobain.

collaborateurs saint gobain Sekurit
Des collaborateurs de Saint-Gobain Sekurit, spécialisée dans les systèmes de vitrages innovants (©CAPA_Mathias Guillain)

 

À l’évidence, innover n’est pas seulement inventer, mais aussi améliorer, au jour le jour, tout ce qui peut l’être pour optimiser les avantages concurrentiels de l’organisation et favoriser une croissance durable. Contrairement à l’adage, le mieux n’est pas forcément l’ennemi du bien !