Les 4 tendances
qui dessinent
l’architecture
de demain

Alors que le secteur de la construction reste responsable d’une grande part des émissions de gaz à effet de serre, peut-on encore exercer le métier d’architecte aujourd’hui comme on le faisait hier ? Face à l’urgence climatique et à la densification des villes, regard sur quatre tendances de fond qui disent une autre façon, plus durable, plus inclusive et plus moderne, de pratiquer l’architecture.

Architecture de demain
Les architectures réinventées

À quoi ressemblera le « monde de demain » d’un point de vue architectural ? Pas simple de répondre à cette question au regard des multiples enjeux qui ne cessent de nous mettre au défi. Prise dans l’étau du changement climatique, de l’urbanisation galopante et du vieillissement inéluctable de la population, l’architecture se trouve à la croisée des chemins. Impossible de revenir en arrière et de construire hier, sans trop se soucier de la préservation des ressources ou des effets des gaz à effet de serre. Impossible d’ignorer les émissions de CO2 ou de mettre sous le tapis les questions liées à l’efficacité énergétique ou à la pénurie de matière premières. L’architecture d’aujourd’hui en appelle à une renaissance de la construction, pour imaginer les bâtiments de demain et les inscrire dans un monde frugal et sobre. Loin de l’effet de mode, de nouvelles tendances architecturales se profilent, avec cette même volonté de revenir à certains fondamentaux, sans jamais perdre de vue la dimension durable. Architecture post-carbone, matériaux locaux, bâtiments « care & repair » ou ère du « retrofit » : bienvenue dans la ville de demain !

 

1. Architecture post-carbone

« Peut mieux faire »… Malgré les efforts fournis pour se départir d’un monde qui s’est appuyé sur les énergies fossiles pendant près de 300 ans, le secteur de la construction demeure toujours responsable de 40 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Beaucoup trop, selon l’accord de Paris de 2015, qui a fixé un Objectif zéro émission nette de CO2 d’ici 2050. Face à cette proche échéance, le secteur a moins de trente ans pour tendre vers une « sobriété constructive ».  Sur tous les continents, les acteurs de la construction et les architectes ont pris conscience des enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Tous savent que construire mieux, avec bon sens et frugalité, est la clé d’un monde post-carbone. Un monde idéal, à haute efficacité environnementale et énergétique. Mais par où commencer pour tendre vers cette architecture décarbonée ? Tout l’intérêt de cette approche est de l’intégrer tout le long de la chaîne de valeur, du choix des matériaux aux lignes de fabrication, de la performance énergétique du bâtiment à sa fin de vie. Chaque étape peut être envisagée sous l’angle vertueux de la décarbonation.
 

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Prenons le choix des matériaux. Aux côtés des traditionnels parpaings ou briques, les architectes ont aujourd’hui le choix du roi. Les isolants naturels ou les matériaux biosourcés, issus de la biomasse végétale ou animale revisitent les pratiques en proposant des solutions bas carbone… mais à haut rendement énergétique ! Dans ce souci de frugalité, ISONAT, filiale de Saint-Gobain, fabrique des isolants biosourcés en fibres de bois, qui limitent l’empreinte carbone des bâtiments. Quant au ciment, il semble se piquer au jeu du « bas carbone » avec de nouvelles formulations. Chryso, filiale de Saint-Gobain, travaille avec les cimentiers pour concevoir de nouvelles solutions à base de cendres volantes ou de fibre de béton recyclées pour réduire drastiquement les émissions de CO2 durant leur fabrication, grâce à un procédé industriel beaucoup moins énergivore et contribuer ainsi à limiter les impacts environnementaux.

Outre le choix et la fabrication des matériaux, l’architecte post carbone pourra s’appuyer sur les jumeaux numériques, qui répliquent virtuellement – et de façon très fidèle – un bâtiment, par exemple.
 

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L’intérêt ? Il est multiple. En amont, l’architecte va pouvoir simuler des scénarios pour envisager tout le cycle de vie d’un bâtiment afin d’atteindre une efficacité carbone optimale, lors de la conception, de la pose et jusqu’au démantèlement. Ce même jumeau numérique sera aussi un excellent gestionnaire pour piloter la performance énergétique d’un bâtiment. Associé à des matériaux de plus en plus efficients en termes d’isolation, ce dernier atteindra une meilleure efficacité énergétique… Encore plus, s’il produit lui-même son énergie à partir d’énergie renouvelable pour répondre à sa consommation annuelle.

 

2. Architecture « locavore »

L’un des plus beaux exemples d’architecture « locavore » est sans doute… l’igloo ! A lui seul, il résume le concept de cette tendance, qui vise à construire un bâtiment ou une maison avec des matériaux locaux, en harmonie avec le territoire. Imaginerait-on un chalet en bois en plein désert du Sahara ? Bien évidemment, non.  L’architecture vernaculaire remet au goût du jour l’utilisation de ressources de proximité dans l’acte de bâtir, avec des impacts bénéfiques sur le plan économique, social et environnemental. Pierre, bois, roche ou terre crue… Le choix des ressources dépendra de l’aire géographique.

Au Yemen par exemple, dans la ville de Shiban, s’élèvent des gratte-ciels en torchis, car la terre, ici, est un matériau disponible en abondance pour la construction. Les artisans locaux achètent également aux agriculteurs la terre déposée par l’irrigation des champs, pour entretenir ou rénover d’anciennes habitations. En France, l’entreprise Norper s’est récemment associée à Saint-Gobain pour mettre au point un nouveau mode de construction utilisant terre crue et terre d’excavation, une ressource naturelle considérée comme un déchet de chantier.

Ainsi se crée un cercle économique vertueux par la mise en place d’un « circuit court » de construction, créant des emplois locaux. L’autre avantage de l’architecture locavore est qu’elle répond en général aux contraintes naturelles et climatiques de la région.

Procédé terre

Une conscience bioclimatique

Dans les pays chauds, pas de grandes fenêtres, mais des persiennes ou des moucharabiehs pour se protéger de la chaleur… Nos aînés avaient naturellement cette conscience « bioclimatique », et même s’il n’est pas forcément question de revenir en arrière, l’architecture locavore s’inspire souvent des pratiques traditionnelles, afin d’éviter l’usage de la climatisation, par exemple.
 

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Un petit détour dans les vieux quartiers de Bagdad montre tout l’art de cette science ancestrale face à un climat particulièrement étouffant. Là-bas, les tours à vent, appelées Bagdirs, créent une ventilation naturelle, en captant les brises extérieures pour rafraîchir les logements. Que demander de plus pour réduire l’empreinte énergétique ! Ainsi, l’architecture locavore répond aux trois piliers du développement durable. Elle lutte contre la dépendance économique et industrielle grâce au recours aux ressources locales. Elle limite le transport des matériaux sur chantier, d’où un impact positif en termes d’empreinte carbone. Enfin, elle crée des emplois et participe à l’émergence de filières recyclables, car les matériaux utilisés sont souvent valorisables.

 

3. Architecture du « care & repair »

L’architecture du « Care & Repair » est une architecture « du soin et de la bienveillance ». Comme un bon docteur de famille, elle va veiller à la santé des occupants et prendre soin de l’environnement. C’est une architecture résiliente, qui place « l’humain et la planète » au centre de son approche. Longtemps, les designers et architectes se sont penchés sur la fonctionnalité du bâtiment, en le décorrélant souvent de son milieu.

Aujourd’hui un changement de paradigme s’opère : l’approche par le « soin » place la fragilité des milieux, des territoires urbains et des personnes au cœur des préoccupations. Cet état de fragilité implique un nouveau regard et une nouvelle compréhension de l’espace urbain, à la recherche d’un équilibre. En d’autres termes, cette architecture bienveillante encourage à imaginer des solutions durables et adaptatives, à tisser des liens entre écologie, économie et urbanisme. Prendre soin, c’est par exemple favoriser les mobilités douces dans l’espace urbain, s’intéresser au vivre ensemble à l’échelle d’un quartier ou à la préservation de la biodiversité dans l’espace urbain…

En continuité de la philosophie du « soin » vient celle de « la réparation » et du réemploi. Il s’agit ici de s’intéresser à la pérennité d’un matériau ou d’un ouvrage, d’en réduire le gaspillage ou l’obsolescence programmée. Dans leurs études, les architectes vont ainsi porter leur attention sur la réhabilitation d’un bâtiment, dans une logique de réduction de l’empreinte carbone. Car contrairement aux idées reçues, rénover s’avère souvent plus rentable – sur le plan économique et environnemental - que tout démolir pour reconstruire. En effet, on oublie souvent de prendre en compte dans nos calculs le capital « d’énergie grise » inhérent à toute construction : extraction des matières premières, fabrication, livraison, transports, construction, démolition, enfouissement… Et l’un dans l’autre, on s’aperçoit que la démolition a un coût non négligeable…

Dernier point : l’architecture de la « réparation » ne saurait être complète sans intégrer une logique de recyclage et de valorisation pour préserver les matières premières et éviter l’enfouissement des déchets de chantier. En Suède, Saint-Gobain a ainsi participé à un grand projet de rénovation de bureaux. Le Groupe a non seulement fourni les nouveaux vitrages mais aussi récupéré l’ancien verre pour le réinjecter dans une de ses lignes en Allemagne. Autre exemple : au Royaume-Uni, le recyclage des plaques de plâtre a été lancé dès 2001 par British Gypsum (Groupe Saint-Gobain), et cette initiative a essaimé dans d’autres pays comme la France, avec Placo® qui a mis en place sa propre filière de recyclage de plaques de plâtre, ou encore Isover France qui a développé une filière de valorisation pour ses laines minérales.

Demain, on peut espérer que d’autres déchets de construction seront recyclés, afin de préserver les ressources et de sécuriser les approvisionnements.
 

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4. L’ère du « retrofit »

Aujourd’hui, de nombreuses voix s’élèvent contre la culture de la « démolition/reconstruction », à l’empreinte carbone élevée. Faire table rase n’a plus la cote, et il est désormais de bon ton de réhabiliter le bâti, de transformer sans détruire. Il faut dire que la construction est responsable de 40 % de déchets solides à l’échelle de la planète. Alors comment faire pour éviter leur mise en décharge ? Une piste sérieuse émerge dans la construction contemporaine : la réutilisation des bâtiments existants. Ainsi, les nouveaux projets architecturaux sont étudiés sous l’angle de l’adaptabilité et de la démontabilité afin de faciliter leur ré-emploi.
 

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De la rénovation à la réutilisation, l’idée est d’impulser une « nouvelle vie » aux bâtiments existants. Promesse d’une pratique plus durable. Afin de favoriser ces nouveaux usages, des industriels comme Saint-Gobain développent de nouvelles solutions en préfabriqué. Légers, flexibles, ces modules pré-usinés s’assemblent tels des Lego® et s’adaptent facilement à l’évolution des besoins ou de l’environnement. La façade F4 d’Isover illustre cet esprit de modularité.

Prédécoupée en usine, recyclable, cette façade facilite les projets d’agrandissement, se démonte en un clin d’œil et se recycle tout aussi simplement.

Penser « modularité », c’est donc apprivoiser le futur, en imaginant des bâtiments caméléons qui peuvent se transformer, s’agrandir ou servir à de nouveaux usages. Prenons l’exemple des parkings aériens dans l’espace urbain. Hier, ils étaient indispensables pour garer les voitures. Mais demain, seront-ils vraiment utiles dans une ville post-automobile ? Que faire alors de ces coquilles vides ? Les rénover ? Les démolir ? Les architectes ont trouvé la parade en concevant des parkings aériens évolutifs qui peuvent se transformer en un ensemble de logements ou de bureaux grâce à leurs éléments modulaires. En ce sens, les designers ont renversé la vapeur : ils ne focalisent plus sur l’usage d’aujourd’hui mais réfléchissent déjà à l’utilité de demain. C’est tout le secret du « retrofit » : concevoir un bâtiment réversible, « transformiste », pour qu’il puisse être affecté à de nouvelles fonctions.

Qu’elle soit post-carbone, locavore, résiliente ou « retrofit », l’architecture contemporaine s’inscrit dans un mouvement global de transition climatique et démographique. Partout dans le monde les architectes réfléchissent à réduire l’impact carbone de leurs projets en tenant compte de toute la durée de vie du bâtiment, à préserver les ressources, réhabiliter. Surtout, ils ne figent plus les constructions dans un usage prédéfini mais conçoivent des bâtiments facilement transformables en bureau, en habitation ou en espace d’activités… pour les générations futures !

 

 

Crédit : Shutterstock/brizmaker