Packaging : levier stratégique de l’économie circulaire ?
Le packaging, souvent réduit à son simple rôle de protection, émerge aujourd’hui comme un acteur clé de la transition écologique dans le secteur de la construction. Entre contraintes techniques, pressions réglementaires et attentes clients, l’emballage se réinvente pour devenir le chaînon manquant d’une économie véritablement circulaire.
Généralement perçu comme un simple emballage, le packaging joue pourtant un rôle crucial dans bien des aspects. Protection des matériaux, stratégie marketing, et surtout démarche environnementale : il représente aujourd’hui un levier stratégique majeur, mais encore sous-estimé. Alors comment transformer cette contrainte en opportunité pour une construction plus durable ?
De la protection à la visibilité : quand l’emballage devient stratégique
Dans le secteur de la construction, la fonction première de l’emballage est la protection. Sur les chantiers comme dans les entrepôts, il doit résister à des conditions particulièrement exigeantes. « La protection de nos matériaux exige des performances techniques très spécifiques », précise Philippe Laurant, Responsable Achats Emballage Groupe & Responsable du Programme Transversal Packaging Durable chez Saint-Gobain. « Les emballages doivent résister à la manutention intensive, au stockage en extérieur, aux intempéries… Cette combinaison de contraintes nécessite des solutions sur mesure ».
Ici, l’innovation est la solution. Prenons l’exemple des sacs de mortiers. Traditionnellement, les emballages sont bi-couche, avec du papier et du plastique, ce qui freine la recyclabilité en raison de la difficulté à séparer ces deux matériaux. Pour y remédier, les équipes de Saint-Gobain Brésil ont développé un sac monocouche qui, tout en étant plus facilement recyclable, résiste parfaitement à l’humidité. En Chine, les usines Sekurit ont même réussi à transformer leurs déchets plastiques en pièces de protection pour le transport des pare-brises.
Mais les exigences techniques ne sont qu’une facette du défi. Le packaging est une composante essentielle d’une image de marque cohérente à l’échelle mondiale. « Pour les matériaux de construction, l’emballage est un vecteur essentiel de reconnaissance et de confiance. C’est la première chose que voient les clients », souligne Philippe Laurant. Tous les efforts du Groupe en matière de durabilité se reflètent dessus. D’où l’importance d’être exemplaire !
Isover a par exemple fait le choix de passer à des films blancs recyclables — abandonnant au passage son encrage jaune si caractéristique — ce qui a nécessité un minutieux travail de conception pour maintenir l’identité visuelle de la marque, tout en limitant le taux de surfaces imprimées à 15 % maximum. Autre illustration avec Norton, spécialiste des solutions abrasives : en Chine, l’entreprise a délaissé ses traditionnelles boîtes bleu et blanc au profit d'emballages marron en matériaux 100 % recyclés, privilégiant l’impression directe des logos sur le carton pour limiter l’utilisation d’encres et de produits chimiques. La marque est même allée jusqu’à remplacer les rubans adhésifs plastiques imprimés, par du ruban papier non imprimé.
Une transition nécessaire vers des emballages plus durables
Mais qu’advient-il de ce packaging une fois les solutions déballées ? Sur les chantiers de construction, la gestion des déchets d’emballage reste un défi majeur : souvent mal triés, parfois même incinérés, ils représentent un volume considérable dont l’impact environnemental ne peut plus être ignoré.
Face à ce constat, l’Europe montre la voie avec le nouveau règlement PPWR (Proposal Packaging and Packaging Waste Regulation) qui fixe des objectifs ambitieux : au moins 35 % de contenu recyclé dans les emballages plastiques et 40 % des emballages de transport réutilisables d’ici 2030. Pour accompagner et accélérer cette transformation, la digitalisation sera cruciale, en particulier avec l’arrivée des QR codes obligatoires d’ici à 2030. Leur objectif : améliorer la traçabilité des packagings tout au long de leur cycle de vie. Si l’Europe fait figure de précurseur, le mouvement s’étend progressivement à d’autres régions. Aux États-Unis, cinq à six États contrôlent déjà la mise en place de la responsabilité élargie du producteur (REP). En Asie également, plusieurs pays renforcent leur réglementation, particulièrement sur l’utilisation du plastique.
Cette évolution réglementaire catalyse l’innovation dans tout le secteur. Chez Saint-Gobain, par exemple, qui s’est fixé l’objectif d’emballages 100 % recyclables, et contenant au moins 30 % de matériaux recyclés ou biosourcés d’ici à 2030, la révolution du packaging est en marche.
Les résultats sont déjà visibles sur le terrain : au Royaume-Uni notamment, où le programme Pallet LOOP plébiscite le réemploi des palettes. Une initiative qui devrait permettre à British Gypsum de diminuer de 2 000 tonnes ses émissions de CO2 d’ici 2030. En Espagne, Weber a, de son côté, fait le choix de promouvoir la réutilisation de ses seaux. On voit également se développer sur le marché l’utilisation croissante de silos pour une distribution en « vrac » et de « pump trucks » — des camions équipés de pompes permettant de livrer directement les mortiers sur les chantiers. Des solutions qui suppriment tout simplement le besoin d’emballages individuels.
Circularité : et si on recyclait aussi les bâtiments ?
L’éco-conception réinvente l’emballage
Au-delà de la circularité ou de la recyclabilité de l’emballage, l’autre travail à mener est celui de l’éco-conception, avec comme objectif d’optimiser les packagings existants. La compression des rouleaux d’isolation, avec des emballages primaires par exemple, permet l'optimisation de l’espace dans les camions. Dans le même esprit, des réflexions sont engagées sur le passage de seaux ronds à des formats carrés.
Autre exemple aux États-Unis où les seaux en plastique traditionnels sont remplacés par des « bag-in-box », façon cubis : un système plus vertueux combinant un film plastique léger dans un carton majoritairement biosourcé. ADFORS, spécialiste des textiles techniques, a lui aussi franchi une étape en supprimant les tubes en carton au centre de ses rouleaux de grilles de renforcement en fibre de verre. Un changement en apparence simple, mais aux impacts multiples : réduction significative des émissions de CO2, économies de carton, allègement des produits pour le transport et optimisation des espaces de stockage. Cette innovation améliore même l’expérience utilisateur, car les rouleaux sont désormais exploitables jusqu’au dernier centimètre, alors qu’auparavant les parties proches du tube, souvent tordues, finissaient en déchets.
Innovation : le charme discret de l'amélioration continue
La transformation du packaging est une opportunité de réinventer la construction. Les solutions existent déjà, de l’incorporation de matériaux recyclés aux systèmes de réemploi, mais des défis sont encore à relever : le développement des filières de collecte du plastique, et le dépassement des barrières techniques, l’adaptation des lignes de production… Sans oublier les freins culturels : car changer les habitudes demande du temps et de la pédagogie.