Favoriser la mixité dans le secteur de la construction

La construction change de visage. Dans les bureaux d'études comme sur les chantiers, les femmes bousculent les codes d'un secteur en pleine mutation. La transition énergétique, la digitalisation et les nouveaux modes de travail créent un contexte favorable à cette féminisation. Comment les entreprises accompagnent-elles cette dynamique et font tomber les dernières barrières ?

Elles sont grutières, ingénieures, DRH ou encore conductrices de travaux… En une poignée d’années, le secteur de la construction, jadis très masculin, a bousculé ses propres codes, en féminisant ses équipes sur les chantiers, dans les ateliers, jusqu’aux postes d’encadrement. Une tendance de fond qui démontre clairement que, plus que jamais, les femmes ont toute leur place dans les métiers de la construction. Et c’est une bonne nouvelle, car ce secteur offre de multiples opportunités, avec à la clé, une diversité de métiers et de fonctions. Encore faut-il les connaître et surtout « détricoter » certaines idées reçues. 

 

Où sont les femmes dans la construction ?

 

La situation actuelle révèle encore un déséquilibre important : selon une étude FEMCON, les femmes ne représentent que 9 % des effectifs du secteur en Europe. Ce chiffre monte jusqu’à 11 % aux États-Unis selon le Bureau of Labor Statistics, et atteint 12 % en Asie et en Inde.

Pourtant, le vent tourne progressivement. Les femmes investissent de plus en plus les différentes branches du secteur, avec toutefois une répartition inégale : elles sont nettement plus présentes dans les fonctions support et d’encadrement (recherche et développement, commercial, informatique, finance, logistique) que dans les métiers opérationnels sur le terrain. 

Chez Saint-Gobain, les femmes représentent aujourd’hui près d’un quart de l’effectif mondial — soit environ 40 000 sur les 160 000 collaborateurs. Leur présence s’affirme à tous les niveaux de l’entreprise, y compris aux postes de direction. Les chiffres sont encourageants : en 2023, près de 30 % des recrutements concernaient des femmes. Mais le Groupe voit plus loin et s’est fixé un objectif ambitieux : atteindre 40 % de femmes parmi les cadres recrutés d’ici fin 2025.

Si cette concentration dans les postes « de bureau » témoigne d’une évolution positive, elle souligne aussi le chemin qu’il reste à parcourir pour atteindre une véritable mixité dans tous les métiers du secteur.

 

Éveiller les vocations et favoriser l’inclusion

 

Pour atteindre ces objectifs et faire évoluer durablement les mentalités, de nombreuses initiatives voient le jour à travers l’Europe.

Le projet européen Women Can Build, porté par l’organisation professionnelle de la construction espagnole, illustre la mobilisation du secteur pour favoriser la mixité et faire connaître ses différentes filières. À ce jour, 6 pays européens (1) y participent, avec cette même volonté d’inclusion des femmes et de mixité des équipes.

En France, les professionnels se sont également emparés du sujet et multiplient les initiatives pour démystifier le secteur. Le Groupe Saint-Gobain s’est ainsi engagé depuis plusieurs années auprès de Capital Filles, une association créée en 2012. Son objectif : ouvrir « le champ des possibles » aux jeunes filles issues des quartiers prioritaires de la ville et des territoires ruraux. À travers un programme de mentorat d’une année scolaire complète, des collaboratrices de Saint-Gobain accompagnent ces jeunes filles venues de toute la France. Pour cette édition 2024-2025, elles sont 78 à prendre à cœur le rôle d’ambassadrices. Ces professionnelles investies partagent leur expérience du monde professionnel, présentent la diversité des métiers disponibles dans le Groupe, guident leur filleule dans son parcours d’orientation. Autant d’actions qui permettent à ces lycéennes de prendre confiance en elles et de se projeter dans leur avenir professionnel. Et d’envisager une carrière dans les métiers de la construction. 

 

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Intervention de l’association Capital Filles dans les bureaux de Saint-Gobain Research Provence (publication linkedIn)

 

« Ce qui est frappant, c’est finalement cette méconnaissance du secteur, estime Magdalena Panek, responsable des Ressources humaines chez PUM. Elles n’imaginent pas la richesse des métiers d’un Groupe comme le nôtre. Par ailleurs, elles pensent à tort que cette filière n’offre aucune opportunité pour les femmes et qu’elles n’ont pas leur place dans un grand groupe. »

L’engagement de Saint-Gobain ne s’arrête pas là. Au Kenya, par exemple, la Fondation Saint-Gobain soutient depuis 2019 l’initiative Buildher. Ce programme accompagne les femmes vers les métiers de la construction et de l’industrie. Formations qualifiantes, soutien social et aide à l’emploi leur sont proposés pour les aider à aller vers une plus grande prospérité financière. 159 femmes ont déjà pu bénéficier de ce programme. En 2023, les participantes ont pu mettre leurs compétences en pratique lors de la réhabilitation d’un bloc sanitaire dans le quartier défavorisé de Korogocho à Nairobi. Un projet qui en plus d’améliorer l’accès aux services essentiels pour de nombreux foyers a permis aux élèves de créer des liens avec la communauté locale.

 

Agir contre les idées reçues 

 

« Les jeunes filles que nous rencontrons nous questionnent beaucoup sur les conditions de travail, l’équilibre vie privée et professionnelle », souligne Louisa Maréchal Fabre, directrice RSE Benelux et coordinatrice Agir durablement (2) Europe du Sud Moyen-Orient Afrique (ESMOA) chez Saint-Gobain. « Elles sont finalement rassurées de savoir qu’elles n’ont pas à choisir entre évolution professionnelle ou responsabilités familiales… Que l’on peut évoluer sans forcément entreprendre de grandes études... Et qu’il est possible d’être la seule femme dans une équipe tout en trouvant sa place ! ». Ces interrogations récurrentes sont révélatrices du manque d’informations à destination des femmes concernant les réalités du secteur.

Pour y remédier, des associations se donnent pour mission de pousser les métiers de la construction auprès des femmes. C’est le cas de Femmes ingénieures dont l’objectif est de promouvoir le métier d'ingénieur auprès des jeunes filles dans le monde de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. De son côté, le réseau de professionnelles du second œuvre BatiFemmes d’informer les jeunes filles et des femmes en reconversion sur les opportunités offertes par le secteur dans l’espoir de susciter des vocations. 

Dans les établissements scolaires et sur les chantiers, les préjugés tombent également. Il est essentiel de déconstruire certains stéréotypes qui constituent encore des freins au recrutement des femmes. La pénibilité du travail dans le secteur de la construction est certainement le plus courant. Le secteur a pourtant considérablement évolué : diminution du port de charges lourdes, automatisation des tâches, digitalisation des procédés… Ces avancées permettent aux femmes d’investir plus facilement des métiers autrefois réputés « physiques » ou « pénibles ».

Un secteur comme celui de la menuiserie voit ainsi la mixité s’installer dans les CFA. Et il n’est plus rare de croiser une peintre en bâtiment sur un chantier. Certains métiers peinent tout de même encore à séduire les jeunes filles tels que celui de couvreur, maçon ou plombier.

 

Ces biais qui pénalisent le recrutement des femmes

 

De nouveaux profils féminins

 

Le secteur de la construction s’ouvre résolument à la mixité, comme en témoigne l’initiative empowHERed de Saint-Gobain Amérique du Nord. Cette série de portraits met en lumière des parcours inspirants de femmes dans l’industrie. April Carum, aujourd’hui spécialiste RH chez CertainTeed à Palatka en Floride, illustre parfaitement cette évolution. Elle, qui a débuté par un poste d'opératrice de production pendant 9 ans, puis a travaillé à la réception et au déchargement des matériaux avoue : « Je ne pense pas que je serais aussi compétente dans mon rôle de spécialiste des ressources humaines si je n’avais pas eu toute la formation et l’expérience en production… Je comprends ce que vivent nos équipes. ». Elle ajoute aussi « Quand vous commencez en tant que femme dans une industrie principalement dominée par les hommes, vous entendez des choses comme “oh, elle ne va pas y arriver”… Mais je suis là pour prouver le contraire, et c’est ce que j’ai fait ». Elle constate aujourd'hui avec fierté que les femmes sont de plus en plus nombreuses dans le secteur et qu’elles n’ont plus peur de gravir les échelons. Selon elle, plus battantes que jamais, elles ne laissent d'ailleurs rien se mettre en travers de leur chemin.

La transition énergétique et la construction durable attirent également de nouveaux profils — génie civil, sciences des matériaux, ingénieurs du BTP — comme celui d’Hélène Grussaute.

 

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(c) maskot_eyeem

 

Diplômée de Centrale Paris il y a une vingtaine d’années, dans une promotion qui ne comptait que 10 % de femmes, elle a su tracer sa voie jusqu’à devenir directrice de l’usine Chantereine chez Saint-Gobain. Son expérience reflète l’évolution des mentalités dans le secteur : « Quand j’étais seule en réunion à une table d’hommes, j’avais l’impression d’être écoutée comme la femme qui parle, se souvient-elle. Il me semble que les thématiques que j’abordais, sans doute parce qu’elles n’étaient pas encore très souvent évoquées, n’étaient pas jugées importantes. »

Son parcours international lui permet de remarquer des différences culturelles significatives : « Cela a été beaucoup plus facile d’être une femme en Chine qu’en France », témoigne-t-elle. De retour en France en 2021, elle constate tout de même une évolution positive des comportements : « Je n’ai plus entendu aucune blague ou remarque sexiste. Nous sommes beaucoup plus nombreuses aux réunions et j’observe une plus grande ouverture à la diversité, quelle qu’elle soit. »

 

Diversité et inclusion ou comment attirer les nouveaux talents

 

 

Si la route vers la parité dans le secteur de la construction est encore longue, les initiatives se multiplient et les mentalités évoluent. Saint-Gobain poursuit son engagement avec des objectifs ambitieux de recrutement et de formation. Le développement de nouveaux modes de travail, la digitalisation croissante et les enjeux de la construction durable créent un contexte favorable à une plus grande mixité.

Au-delà des chiffres, c’est toute une culture qui se transforme. Les témoignages de femmes ayant réussi dans le secteur, l’émergence de réseaux d’entraide et les programmes de mentorat constituent autant de leviers pour inspirer la prochaine génération. Plus que jamais, l’avenir du secteur de la construction se conjugue au féminin.

1Espagne, Portugal, Italie, France, Belgique et Allemagne

2Programme interne d’engagement des collaborateurs

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