Rénovation durable : démêler le vrai du faux

Faut-il rénover si l’on maîtrise déjà ses consommations énergétiques ? Est-ce qu’il vaut mieux construire des bâtiments neufs plutôt que de s’engager dans une rénovation ? Le prix ou le manque de main d’œuvre qualifiée sont-ils des freins ? La rénovation durable fait encore l’objet de nombreuses idées reçues. Et pourtant, elle est une solution incontournable pour plus de sobriété énergétique et in fine réduire l’empreinte carbone des bâtiments. Il est donc temps de faire le point sur 6 idées reçues autour de la rénovation durable.

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Le vrai/faux de la rénovation durable

 

Pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, nous devons réduire de 80 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Le secteur de la construction a un rôle majeur à jouer sur ce point, puisqu’il est responsable de près de 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

De plus, en Europe, la majorité des bâtiments qui existeront dans les prochaines décennies sont déjà construits et 75 % d’entre eux sont énergétiquement inefficaces. La rénovation durable –énergétique notamment – est donc capitale, puisqu’elle permet à la fois de réduire les consommations d’énergie dans les bâtiments, tout en prolongeant leur durée de vie et en améliorant le confort des occupants. Elle souffre toutefois encore de nombreuses idées reçues, qui freinent son déploiement massif.

Il est donc temps de faire le point sur 6 idées reçues autour de la rénovation durable.

 

1) Si on maîtrise sa consommation d’énergie, pas besoin de rénover !

FAUX :

C’est peut-être l’une des idées reçues les plus répandues sur la rénovation : l’installation d’appareils de chauffage plus performants faciliterait la maîtrise de sa consommation d’énergie et rendrait inutile une rénovation énergétique durable. Cette vision néglige pourtant l'importance de l’efficacité énergétique du bâtiment. Sans une isolation adéquate de l’enveloppe qui réduit fortement les besoins en énergie, les bénéfices que peuvent procurer une chaudière à condensation ou une pompe à chaleur par exemple, peuvent être facilement annulés. Introduire dans une passoire énergétique un équipement de chauffage performant pénalise son rendement et ne réduit pas autant que souhaité les factures énergétiques.

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Il est donc impératif d’adopter une approche holistique de la rénovation durable, qui combine l'utilisation d'énergies renouvelables avec des mesures d'efficacité énergétique. POINT.P a pour cela lancé un dispositif en France, Action Rénovation Energétique, pour former ses collaborateurs, mais aussi soutenir économiquement les artisans dans leurs démarches pour obtenir la qualification RGE (Reconnu Garant de l’Environnment). Cela signifie aussi investir dans des solutions performantes, comme le système GypLyner Xternal développé par Saint-Gobain Interior Solutions au Royaume-Uni pour inclure étanchéité extérieure, isolation thermique et finition intérieure. Le choix de vitrages performants, avec des produits à l’impact environnemental réduit permet de concevoir des espaces confortables qui maximisent l'utilisation de la lumière et de la ventilation naturelles.

 

2) Rénover durablement, ça coûte beaucoup trop cher !

FAUX : 

Sur le long terme, une rénovation durable permet de rentabiliser l’investissement initial entre 7 à 14 ans (en fonction du type de travaux concernés). A moins que le bâtiment de départ ne soit dans un état de délabrement avancé, il est plus avantageux économiquement de rénover plutôt que de construire un bâtiment neuf. Car la démolition et la reconstruction des bâtiments ont un coût environnemental, et impliquent souvent un gaspillage significatif de matériaux et une consommation d'énergie importante.

La question de l’accessibilité et du coût de la rénovation énergétique est au cœur de la démarche d’EnergieSprong, un mouvement européen, né aux Pays-Bas, qui veut industrialiser la rénovation des bâtiments dans l’objectif assumé de faire naître un marché à grande échelle. La démarche repose sur l’installation de sur-toitures modulaires, d’une façade isolante préfabriquée et d’un système énergétique regroupant chauffage, eau chaude et ventilation – des opérations standardisées qui peuvent être menées rapidement et à moindre coût.

En Allemagne, l’offre unique pre.formance de rénovation sur-mesure pour les maisons familiales promet zéro échafaudage, zéro déchets, des nuisances sonores réduites au maximum et aucune perturbation de l’espace urbain pour être plus rapide, mobiliser un nombre limité de professionnels et permettre aux habitants de demeurer dans leur logement durant les travaux, ce qui permet aussi de rendre l’ensemble des opération moins coûteux.

 

3) Pour réduire l’empreinte carbone des bâtiments, il suffit de choisir des matériaux plus écologiques

FAUX :

Il existe deux types d’émissions à prendre en compte quand on évalue l’empreinte carbone d’un bâtiment : les émissions incorporées (liées aux matériaux et à la construction des bâtiments) et les émissions opérationnelles (liées au fonctionnement du bâtiment). Et on oublie trop souvent de prendre en compte ces dernières ! Pourtant, les émissions opérationnelles représentent les 3/4 des émissions de GES des bâtiments au niveau mondial (contre 1/4 pour les émissions incorporées).

Saint-Gobain Isovercopy

C’est dans ce contexte que la rénovation durable s’impose comme un levier d’action absolument crucial, puisque seul 1 % du parc immobilier est renouvelé chaque année en Europe. Rénover permet d’augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments existants et de réduire drastiquement leurs émissions de CO2. En fonction des travaux entrepris, les économies d’énergie peuvent aller de 5 à 80 % (5 % pour une rénovation très superficielle, comme un simple remplacement des fenêtres par exemple, et 80 % pour une rénovation en profondeur, qui inclut isolation, changement des systèmes de chauffage, énergies renouvelables, etc.). C’est pour cela que l’Europe fait de la rénovation énergétique des bâtiments une priorité de son European Geen Deal, notamment à travers sa stratégie Renovation Wave et sa campagne Renovate Europe, à laquelle participe activement Saint-Gobain.

 

Déconstruire 13 idées reçues sur la construction durable 

 

4) La rénovation durable a aussi des bénéfices sociaux.

VRAI :

Les passoires thermiques (ces bâtiments très mal isolés qui entraînent inconfort thermique et consommation d’énergie élevée) sont reconnues pour leurs effets délétères sur la qualité de vie des habitants, sur leur santé physique et mentale, ainsi que leurs ressources économiques. En s’attaquant à la qualité de l’enveloppe du bâtiment, dans le cadre d’une rénovation durable, on génère des gains qui profitent aussi bien aux habitants des logements (confort thermique qui évite nombre de maladies liées au froid, à l’humidité et aux moisissures ; conforts visuel et acoustique qui diminuent stress, anxiété, dépression ; et factures énergétiques moins chères) qu’à la société dans son ensemble, qui voit le poids sur son système de santé s’alléger.

Considérer les bénéfices d’une rénovation durable sous cet angle est essentiel, puisque seule une approche « gagnant-gagnant » permettra d’en faire la norme et de convaincre les particuliers à se lancer dans cette transition. C’est d’ailleurs dans cette optique que ce sont développés les « PENs » (pour Positive Energy Neighborhoods) qui défendent une approche communautaire de la rénovation énergétique, au bénéfice de tous.

 

5) Encourager à rénover alors que la main d’œuvre manque, c’est contre-productif.

FAUX:

La main-d’œuvre fait effectivement défaut dans le secteur de la construction (61 % des entreprises de construction du monde entier rapportent des difficultés à trouver des ouvriers qualifiés). Face à ce constat, il est tentant de conclure que les politiques d’incitations en faveur des rénovations énergétiques sont contre-productives, puisque ni les particuliers ni les collectivités ne vont avoir les moyens de mettre en œuvre leurs projets. Toutefois, cette vision est trop simpliste, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, pour anticiper une augmentation de la demande concernant la rénovation énergétique, les entreprises peuvent investir dans la formation et l'adoption de technologies avancées pour pallier le manque de main-d'œuvre. Deuxièmement, en s’affichant comme un secteur d’emploi stable et porteur, la rénovation énergétique encourage les vocations chez les plus jeunes. Enfin, il ne faut pas non plus négliger les incitations fiscales et les subventions proposées par de nombreux pays, qui peuvent souvent compenser le coût initial plus élevé dû à la pénurie de main-d'œuvre.

Conscient des défis que pose la pénurie de main-d’œuvre à l’urgence de procéder à des rénovations énergétiques à grande échelle, Saint-Gobain s’est d’ailleurs engagé depuis de nombreuses années en investissant massivement dans la formation autour de cette thématique. Saint-Gobain en France a développé pour cela des écoles dédiées à la formation des professionnels dans trois filières phares de la transition écologique (toiture, maçonnerie et génie climatique). C’est également l’un des deux axes de la politique de sponsoring et de mécénat du Groupe, qui veut encourager les jeunes du monde entier, notamment les plus défavorisés, à rejoindre les métiers de la construction.

 

Le bâtiment public, prototype de la rénovation virtueuse ? 

 

6) La réglementation est incontournable pour encourager la massification des rénovations énergétiques.

VRAI et FAUX :

De nombreux pays se sont dotés de réglementations énergétique et environnementale et on y constate déjà une baisse des émissions de CO2 dans les secteurs concernés. Mais il ne faut pas minimiser l’acceptabilité des rénovations énergétiques. Cette notion fait référence à la mesure dans laquelle les diverses parties prenantes (particuliers et collectivités) trouvent les rénovations énergétiques réalisables, souhaitables et viables. En résumé, il faut que chacun y trouve un bénéfice concret : un retour sur investissement par des économies d’énergies ; un bénéfice individuel via un gain en confort ou une augmentation de la valeur du bien ; un bénéfice sociétal en lien avec l’efficacité environnementale du projet ou le capital d’attractivité pour une localité.

Au Danemark, le « Project Zero » de la ville de Sondeborg (qui vise à atteindre zéro émission carbone à l’échelle de la ville) montre bien le pouvoir du collectif pour atteindre cet équilibre entre réglementation et acceptabilité. La ville a déjà réduit de 400 000 tonnes ses émissions de CO2 depuis 2007 et compte atteindre son objectif d’ici 2029.

 

 

*Sources des différents chiffres et informations : Renovate Europe, Buildings Performance Institute Europe (BPIE), Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), Cerema, Agence Internationale de l’Énergie (AIE), Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), Agence de la transition écologique (ADEME, France), Environmental Protection Agency (EPA, États-Unis), rapports de la Commission Européenne, Office Fédéral des affaires étrangères d’Allemagne, Global Construction Survey 2020 de KPMG, études du Ministère de la transition écologique français, Global Alliance for Buildings and Construction (GABC).