Les « scopes » : trois leviers pour décarboner l'industrie

Boussoles des entreprises pour quantifier – et réduire ! – leurs émissions de CO2, les « scopes » sont des notions essentielles pour la décarbonation. Pour mieux les comprendre, cette Story propose un décryptage de ces trois catégories avec des exemples concrets liés à la production du matériau emblématique de Saint-Gobain : le verre plat.

visuel story scopes

Comment limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ? Comment réduire les émissions de 45 % d'ici à 2030, voire de 55 % comme le propose l’Union européenne ? La première étape est d’avoir un langage commun, à travers tous les secteurs industriels. 

Dès la fin des années 1990, un protocole international — le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol) — a été la première norme internationale mise en place pour permettre aux entreprises des secteurs publics ou privés de mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est dans ce cadre qu’ont été créés les « scope » 1, 2, et 3. 

 

« Scope » 1 : les émissions directes

 

Ce premier « scope », au périmètre restreint, mesure les émissions de GES générées directement par l’entreprise, sur ses sites, ses installations et ses activités

Dans le cas du verre, les émissions de « scope » 1 proviennent de deux sources principales. D’abord, la combustion du gaz naturel dans les fours verriers. Ensuite, un phénomène moins connu, mais tout aussi important : la décarbonatation des matières premières. Lorsque les carbonates - carbonate de calcium, calcaire, carbonate de soude - sont chauffés dans le four pour former des oxydes qui deviennent les composants de base du verre, ils libèrent du CO₂ dans l’atmosphère.

Pour le verre, le « scope » 1 représente un peu plus de la moitié des émissions totales déclarées.

 

« Scope » 2 : focus sur les consommations d’énergie

 

Le « scope » 2 s’attache donc à comptabiliser toutes les consommations énergétiques secondaires (éléctricité chaleur, vapeur, froid) afin d’évaluer les émissions de GES indirectes. 

collaborateurs

 

Pour la production de verre plat, l’électricité intervient principalement lors du procédé float, cette étape cruciale où le verre coule sur un bain d’étain liquide maintenu chaud avec de l’électricité. L’électrification gagne également du terrain dans les fours verriers eux-mêmes, avec le développement du « boosting électrique » — une technologie qui consiste à installer des électrodes dans le fond du four pour chauffer le verre liquide par effet joule, c’est-à-dire grâce à un courant électrique qui le traverse. Cette technique peut fournir actuellement jusqu’à 10 à 15 % maximum de l’énergie totale nécessaire à la fusion.

Dans l’industrie verrière actuelle, le « scope » 2 représente généralement environ 10 % des émissions totales.

 

« Scope » 3 : les émissions indirectes

 

C’est le périmètre le plus large puisqu’il comptabilise les émissions de GES indirectes, émises tout au long du cycle de vie d’un produit : achat et extraction des matières premières, transport, chaîne d’approvisionnement, gestion des déchets, recyclage, etc.

Dans la filière verre, le « scope » 3 est dominé par deux contributeurs : le carbone qui a été émis pour la production du gaz naturel — depuis son extraction, son raffinage jusqu’à son transport vers les sites de production ; et le carbone qui a été émis pour produire certaines matières premières, transports des produits finis, notamment lors des procédés d’industrie chimique nécessaires à leur fabrication.

 

Camions chantier

 

Le « scope » 3 inclut aussi d’autres postes moins importants pour l’industrie verrière, mais indispensables au calcul complet : le transport des matières premières, les voyages d’affaires des collaborateurs, ou encore les emballages. 

Pour le verre, le « scope » 3 représente actuellement environ 40 % des émissions

 

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Les 15 catégories du « scope » 3 dans le secteur de la construction

 

Compte tenu de l’étendue du « scope » 3, le protocole international organise ces émissions en 15 catégories réparties en deux sous-groupes : d’une part les émissions en amont liées aux biens et services achetés par une entreprise pour produire, et d’autre part, les émissions en aval émises une fois que les solutions produites par l’entreprise sont dans les mains de ses clients et consommateurs. 

Ces catégories varient considérablement d’une entreprise à l’autre selon son secteur d’activité. Reprenons notre exemple de production du verre plat :

Émissions en amont :

  • Biens et services achetés : matières premières (sable, calcaire, carbonate de soude)
  • Biens d’équipement : équipements industriels et machines
  • Activités liées aux combustibles et à l’énergie : production et transport du gaz naturel
  • Transport et distribution amont : principalement l'acheminement des matières premières, mais aussi tous transports (amont et aval) payés par Saint-Gobain
  • Déchets générés par les opérations : traitement des déchets de production
  • Voyages d’affaires et déplacements domicile-travail des collaborateurs

Émissions en aval :

  • Transport et distribution aval : livraison des produits finis (faits ou payés par le client)
  • Transformation des produits vendus : transformation par les clients (comme l'énergie utilisée par nos clients pour fabriquer des vitrages isolants)
  • Utilisation des produits vendus : pour un équipement consommant de l’énergie pour fonctionner, cela correspond aux émissions associées (carburant pour un véhicule, électricité pour un appareil électroménager ...)
  • Fin de vie des produits vendus : recyclage et élimination
  • Actifs loués aval, franchises et investissements

Des actions concrètes pour décarboner : la preuve par le verre

 

Et en pratique, à quoi serve réellement cette comptabilité ? Véritables balises pour tout déploiement d’une politique RSE, ils permettent aux organisations d’identifier et de quantifier la source de leurs émissions. Et donc d’agir en conséquence, comme le fait Saint-Gobain, dans le domaine du vitrage, et dans bien d’autres !

ORAÉ® est par exemple le premier verre bas carbone du marché. Lancé en septembre 2022, ce verre combine contenu recyclé élevé (« scope » 1 et 3) et électricité renouvelable (« scope » 2) pour afficher 42 % d’émissions en moins. 

 

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Le Groupe s’ouvre également à des sources d’énergie alternatives. Pour preuve, l’essai réussi de production de verre avec 30 % de bioliquide à l’usine d’Aniche. Une initiative qui a permis de « réduire les émissions de CO₂ de plus de 80 % (« scope » 1 et 3). Côté électrification, le projet Volta constitue une première mondiale. Mené conjointement avec le concurrent AGC sur le site de Barevka en République tchèque, il allie fusion électrique et combustion oxy-gaz pour atteindre 50 % d’électrification. Cette collaboration inédite, financée par l’Union européenne, vise une réduction de 75 % des émissions sur les trois « scope » 1, 2 et 3 tout en maintenant les standards de qualité du verre float.

 

materiaux

 

Le recyclage en boucle fermée pour répondre à un enjeu stratégique : face aux objectifs d’utiliser toujours plus de calcin recyclé — par exemple ORAÉ® avec son contenu recyclé élevé — Saint-Gobain Glass a développé le programme Glass Recycling pour nourrir ses propres besoins. Cette approche circulaire est particulièrement efficace, car 1 tonne de calcin permet de réduire de700 kg de CO₂eq sur l’ensemble des scopes. Une initiative qui permet au Groupe de satisfaire ses besoins croissants en matière recyclée tout en réduisant drastiquement son empreinte carbone sur le « scope » 3.

 

Cette ambition de décarbonation se répercute à tout le secteur, les efforts d’une entreprise créant un effet de cascade. En diminuant l’empreinte carbone de ses produits, Saint-Gobain permet à ses clients — menuisiers, façadiers, promoteurs, constructeurs — de baisser leurs propres émissions de « scope » 3.

Plus qu’une simple comptabilité carbone, les « scopes » deviennent ainsi un levier de transformation collective vers un avenir décarboné.